RHNe, Admed et Volta: quand des institutions déficitaires rachètent un groupe en faillite

Alors que leurs propres comptes sont dans le rouge, le Réseau hospitalier neuchâtelois et le laboratoire Admed ont injecté des millions dans le Groupe Santé Volta. Un pari risqué, vivement débattu au Grand Conseil.

, 21 janvier 2026 à 14:50
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Image symbolique: Unsplash.
La reprise en urgence, fin 2025, du Groupe Santé Volta par le Réseau hospitalier neuchâtelois (RHNe) continue de susciter un fort malaise politique. Au Grand Conseil neuchâtelois, plusieurs députés ont exprimé leurs doutes quant à la transparence de l’opération, certains évoquant même l’ouverture d’une enquête parlementaire, rapporte «Arc info».
Le cœur du débat porte sur la légitimité pour un établissement public déjà déficitaire d’investir plusieurs millions dans un groupe privé au bord de la faillite, au nom de la continuité des soins et de la défense de parts de marché.

Un sauvetage qui interroge le parlement

En février 2024, le RHNe avait acquis 30% du capital de Volta pour 2,2 millions de francs, tandis que la fondation Admed en détenait 25%. Ce laboratoire régional d'analyses et diagnostics médicaux était pourtant lui-même déficitaire à l'époque, un aspect soulevé par Fabio Bongiovanni du PLR dans une interpellation.
De son côté, le RHNe a accordé trois prêts à Volta totalisant 1,5 million de francs entre juin et décembre 2025, destinés au paiement des salaires, charges sociales et loyers d’équipements. Puis, la société Réso.ne a été constituée pour regrouper les activités et les quatre sites de Volta. Le prix de cette dernière opération: 100'000 francs.
  • En grande difficulté, les centres Volta sont repris par le RHNe. Les centres du groupe santé Volta à La Chaux-de-Fonds, Fleurier, Les Cadolles et Les Geneveys-sur-Coffrane, ainsi que ses deux permanences médicales passent sous la houlette du Réseau hospitalier neuchâtelois.
Au moment de ses investissements, le RHNe se trouvait déjà dans une situation financière tendue, marquée par un déficit d’environ 30 millions de francs en 2024. Pour 2025, l’institution prévoit un déficit d'une vingtaine de millions, tout en annonçant des mesures de restructuration et un recentrage stratégique destinés à améliorer progressivement la trajectoire.

Un déficit «inévitable»

Le conseiller d’État Frédéric Mairy évoque un déficit «inévitable» en 2026, qu’il estime toutefois inférieur à un million de francs, avec un retour à l’équilibre visé dans un horizon de deux à trois ans.
Sur le fond, le gouvernement défend une opération conforme au cadre légal et présentée comme stratégique: éviter la perte de milliers de patients, faciliter le virage ambulatoire et développer un réseau de soins décentralisé sur quatre sites. «Construire un réseau ex nihilo aurait certainement coûté plusieurs millions», a précisé le conseiller d'État.
Reste une question sensible: le personnel de Volta repris par Réso.ne n’est pour l’instant pas soumis à la CCT-santé 21, contrairement aux employés du RHNe. Plusieurs députés ont dès lors demandé d’ouvrir une enquête parlementaire sur le sujet. Ce point pourrait donc prolonger «l’affaire Volta» dans les mois à venir.
  • RHNe: vers un seul site de soins aigus stationnaires? En 2017, les Neuchâtelois avaient choisi de maintenir deux sites de soins aigus. Aujourd’hui, le Réseau hospitalier envisage de concentrer l’activité stationnaire aiguë sur un seul site, relançant ainsi le débat sur l’avenir de l’hôpital.

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