L'esprit d'équipe encourage les soignants à faire des pauses

Selon une étude américaine, les infirmières qui travaillent dans les soins intensifs font davantage de pauses lorsque la cohésion de l'équipe est forte.

, 6 janvier 2026 à 14:25
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Dans le film «En première ligne», l'infirmière Floria ne se repose que rarement.
Il y a quelques années, six infirmières d'une unité de surveillance néonatale ont saisi le tribunal cantonal de Bâle-Campagne. La question semblait presque anodine: s'agit-il vraiment d'une pause si l'on doit rester prêt à intervenir à tout moment? La réponse du tribunal a été sans équivoque: non.
Les soignantes avaient dû régulièrement interrompre leurs pauses pendant les services du soir, de nuit et de week-end. Ces pauses n'étaient pas du temps de récupération et devaient donc être considérées comme du temps de travail. L'hôpital a été condamné à verser des arriérés de salaire.

Les pauses sont obligatoires

Cette affaire bâloise rappelle une évidence trop souvent reléguée au second plan dans les soins: les pauses ne sont pas facultatives, mais prescrites par la loi. La loi sur le travail exige que les longues journées soient obligatoirement interrompues par des pauses. Si le travail dure plus de neuf heures, au moins 60 minutes sont prévues - soit une interruption effective, et non un service de permanence dans la salle de pause.
Du point de vue de la médecine du travail, l'enjeu est clair: des pauses régulières diminuent le stress, limitent les erreurs et sont considérées comme un facteur de protection central contre l'épuisement et le burnout. La Confédération le rappelle d’ailleurs dans le cadre de l’initiative sur les soins infirmiers, en soulignant qu'un temps de récupération suffisant est indispensable tant pour la santé du personnel que pour la sécurité des patients.

La culture d'équipe comme facteur clé

Reste que, dans la pratique, ces pauses sont loin d’être toujours respectées. C’est ce que montre une étude récente menée aux États-Unis auprès de 96 infirmières et infirmiers travaillant majoritairement en soins intensifs.
  • Yolanda Keys et Ellen Taylor: «Unit Layout and Critical Care Nurses' Perceptions of Visibility, Teamwork, and Taking Breaks», dans: «American Journal of Critical Care», janvier 2026. DOI: 10.4037/ajcc2026276
Les participants ont répondu à un questionnaire en ligne sur leur comportement pendant les pauses, sur la perception du travail en équipe et sur les conditions organisationnelles et spatiales dans le service.
Les réponses montrent une image ambivalente:
  • Les infirmières qui estimaient que la cohésion de l'équipe était élevée étaient significativement plus nombreuses à prendre des pauses, qu'il s'agisse de pauses repas ou de courtes interruptions.
  • Pourtant, moins de la moitié des personnes interrogées ont déclaré qu'elles étaient très susceptibles de respecter une pause repas de 30 minutes lors d'un service de 12 heures.
  • Environ une infirmière sur deux a rapporté ne prendre que peu ou pas de pauses supplémentaires.

L'espace joue également un rôle

L’étude met également en lumière le rôle de l’environnement physique:
  • Les unités ouvertes, offrant une bonne visibilité et facilitant les échanges entre collègues, sont associées à une perception plus positive du travail d’équipe – et, indirectement, à une plus grande propension à faire des pauses.
  • À l’inverse, les couloirs interminables, les espaces cloisonnés ou les postes de travail dispersés compliquent les relais spontanés et freinent la communication.
Au final, la recherche le montre clairement: dans les soins, les pauses relèvent moins d’une décision individuelle que du fruit d’une organisation, d’une culture d’équipe et d’un cadre de travail adaptés. En d’autres termes, là où la collaboration fonctionne, le repos devient possible – même si le droit, lui, l’a garanti depuis longtemps.
Vidéo Youtube: American Association of Critical-Care Nurses.

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