La rétinite pigmentaire, ou retinis pigmentosa (RP), est l'une des maladies héréditaires de la rétine les plus courantes. Elle touche environ une personne sur 5'000 dans le monde. La maladie débute généralement à l'adolescence par une cécité nocturne, puis s'accompagne d'une diminution progressive du champ visuel pouvant aller jusqu'à la cécité totale.
Bien que plus d'une centaine de gènes aient été associés à la RP, la cause génétique restait jusqu'à présent inconnue chez environ 30 à 40% des personnes touchées. Une étude internationale menée par l'Institut d'ophtalmologie moléculaire et clinique de Bâle (IOB) permet désormais de combler partiellement cette lacune diagnostique.
Les points clés
Des variants dans cinq gènes d'ARN non codants (RNU4-2, RNU6-1, RNU6-2, RNU6-8 et RNU6-9) provoquent une rétinite pigmentaire. Ces gènes produisent des molécules d'ARN au lieu de protéines et constituent une source largement inexplorée de cécité héréditaire.
Toutes les variantes se concentrent dans la même région critique, où les molécules d'ARN U4 et U6 codées par les gènes RNU4 et RNU6 sur l'ADN se lient. Il s'agit d'un site d'interaction important pour plusieurs protéines impliquées dans l'épissage de l'ARN.
Les variants identifiés peuvent être héréditaires ou apparaître spontanément (de novo). Certains ont été transmis sur plusieurs générations, d'autres sont apparus pour la première fois chez les personnes affectées.
Il convient également de noter qu'un même gène ARN peut provoquer différentes maladies : alors que certains variants du RNU4-2 sont associés à des troubles neurologiques du développement, les modifications décrites ici affectent spécifiquement la rétine.
L'étude vient combler des lacunes
On savait déjà que des mutations dans certaines protéines d'épissage telles que PRPF3, PRPF8 ou PRPF31 pouvaient provoquer une rétinite pigmentaire. Ces nouveaux travaux révèlent désormais que les molécules d'ARN impliquées dans ce processus cellulaire peuvent elles aussi présenter des variants pathogènes. «En d'autres termes, différents composants d'un même processus cellulaire, lorsqu'ils sont défectueux, conduisent à la même pathologie», explique l'IOB dans un communiqué de presse.
Les modifications nouvellement identifiées expliquent jusqu'à 1,4% des cas de RP non diagnostiqués jusqu'à présent. Selon l'IOB, cela permet pour la première fois à des dizaines de familles à travers le monde d'obtenir un diagnostic moléculaire précis et donc d'avoir accès à des conseils génétiques, de prendre des décisions plus éclairées en matière de planning familial et, à terme, de bénéficier de nouvelles approches thérapeutiques.
Selon les chercheurs, l'étude souligne également l'importance d'examiner les zones non codantes du génome, jusqu'à présent peu étudiées: «Alors que les tests génétiques continuent d'évoluer et que les thérapies basées sur l'ARN progressent, ces découvertes jettent les bases essentielles pour l'identification d'autres patients et, à terme, pour le développement de traitements contre une maladie qui est actuellement incurable».