Une start-up zurichoise cultive de la peau bicouche

Des deux côtés de la Sarine, la recherche fait progresser la prise en charge des grands brûlés. À Zurich, un spin-off de l’hôpital universitaire mise sur une peau cultivée à l’élasticité remarquable.

, 20 janvier 2026 à 23:30
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Les greffes zurichoises combinent des cellules issues des deux couches de la peau: l’épiderme et le derme | Image: DR.
Les brûlures graves, qui détruisent de grandes surfaces de peau, représentent un véritable défi pour les équipes médicales. Après les premiers soins, il faut retirer rapidement la peau détruite et recouvrir la plaie afin de limiter le risque d’infection et de complications.
Le traitement de référence repose aujourd’hui sur la greffe de peau autologue, prélevée sur des zones saines du corps. Mais en cas de brûlures étendues, comme chez les victimes de l’incendie de Crans-Montana, la quantité de peau intacte disponible est souvent insuffisante.
Un autre défi concerne surtout les enfants et les adolescents: la peau greffée n'est pas aussi élastique que la peau naturelle. Les cicatrices peuvent alors limiter la mobilité et la croissance, nécessitant des soins prolongés à domicile et, parfois, des interventions chirurgicales supplémentaires.

Cultiver de la peau vivante en laboratoire

Une équipe zurichoise a peut-être trouvé la solution à ce problème: les scienfiques ont cultivé des greffes cutanées en laboratoire. Elles contiennent à la fois des cellules de la couche supérieure de la peau (épiderme) et des couches plus profondes du derme, ce qui les rend plus élastiques que les greffons traditionnels.
Ces greffes cutanées bicouches grandissent avec le receveur et contiennent des cellules autologues, ce qui réduit le risque de rejet. «Des données issues d’études cliniques à long terme montrent que les greffes bicouches ferment les plaies de manière fiable tout en préservant la peau saine des patients», indique Daniela Marino, CEO du spin-off de l’Université de Zurich Cutiss, dans un communiqué. La qualité des cicatrices serait également améliorée par rapport au traitement standard.

Traiter les victimes de Crans-Montana

Selon l’équipe chirurgicale de l’Hôpital universitaire de Zurich, des échantillons de tissu de jeunes patients brûlés à Crans-Montana ont été envoyés, dans des cas sélectionnés et à la discrétion des médecins traitants, à l’entreprise Cutiss afin d’y produire des greffes biologiques.
Le traitement en est à un stade avancé de développement clinique pour les brûlures et la chirurgie reconstructive de la peau chez les enfants et les adultes. De nouveaux patients sont actuellement recrutés pour l'étude clinique de phase 3, qui a débuté au printemps 2025. Une vingtaine de centres spécialisés dans le traitement des brûlés en Suisse et en Europe participent à cette étude, dont l'Hôpital universitaire de Zurich.

À Lausanne, culture de cellules et ver marin

Le Centre de production cellulaire d’Épalinges, rattaché au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), produit lui aussi des substituts cutanés pour les patients atteints de brûlures graves.
Il cultive de l'épiderme autologue, utilisé en cas de brûlures étendues lorsque la peau autologue disponible est insuffisante. Le procédé repose sur une petite biopsie de peau saine, multipliée en laboratoire pendant deux à trois semaines. À partir de quelques centimètres carrés, il est ainsi possible d’obtenir plusieurs milliers de centimètres carrés de tissu épidermique.
En outre, le CHUV utilise parfois de la peau du cabillaud dans l'attente d'une greffe de peau autologue. Cette peau de poisson, dont la structure est proche de celle du derme humain, sert de trame biologique: elle favorise l’intégration des cellules du patient et réduit le risque d’infection et de rejet. En cas de brûlures sévères, elle peut ainsi être utilisée comme couche transitoire et remplacée par une greffe de peau autologue.
Enfin, l'hôpital universitaire de Lausanne devrait disposer, dès que possible, d'un traitement encore expérimental mais ayant fait ses preuves sur de nombreux patients en France: un gel innovant créé à partir de vers marins. Celui-ci devrait aider à favoriser la réparation et la cicatrisation, rapporte la «RTS» dans un reportage.
«Le ver marin apporte de nouvelles possibilités à la médecine», dans le «19h30» de la RTS, 12 décembre 2025.

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