Quand la mimique devient source d’incompréhension

Colère, joie ou tristesse ne se manifestent pas de la même manière sur tous les visages, en particulier entre adultes autistes et non autistes: des différences d’expression faciale qui sont parfois source de malentendus.

, 20 janvier 2026 à 15:37
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Image: Capture d'écran | Connor Keating.
Une équipe de l’University of Birmingham a comparé la mimique faciale de personnes autistes et non autistes. Les scientifiques ont constaté que les personnes avec un trouble du spectre de l’autisme expriment leurs émotions différemment des personnes non autistes. Cette différence pourrait expliquer pourquoi les mimiques sont souvent mal interprétés entre les deux groupes.
  • Connor T. Keating, Sophie Sowden-Carvalho, Holly O′Donoghue et Jennifer L. Cook: «Mismatching Expressions: Spatiotemporal and Kinematic Differences in Autistic and Non-Autistic Facial Expressions», dans: «Autism Research», janvier 2026.
  • DOI: 10.1002/aur.70157
À l’aide d’enregistrements très précis des mouvements du visage, les chercheurs ont constitué une vaste base de données d’expressions associées à des émotions fondamentales telles que la colère, la joie et la tristesse, reposant sur plus de 265 millions de points de mesure individuels.
Vidéo: Connor Keating | Youtube
L’étude a porté sur 25 adultes autistes et 26 adultes non autistes. Au total, près de 5'000 expressions faciales ont été enregistrées. Chaque personne a exprimé les émotions de deux manières: une fois en synchronisation avec des sons, et une autre fois en parlant.
Des différences nettes sont apparues entre les groupes:
  • Colère: les participants autistes mobilisaient davantage la bouche, tandis que les sourcils étaient moins impliqués que chez les personnes non autistes.
  • Joie: leur sourire était moins marqué et n’atteignait pas les yeux.
  • Tristesse: l’expression de la tristesse résultait plus souvent d’un relèvement plus prononcé de la lèvre supérieure que chez les personnes non autistes du groupe témoin.
Globalement, les expressions faciales des participants autistes étaient plus variées et plus individuelles. L’équipe de recherche a également analysé l’influence de l’alexithymie – une caractéristique subclinique fréquemment associée à l’autisme, qui se traduit par une difficulté à identifier et à nommer ses propres émotions. Les personnes présentant une alexithymie marquée montraient des expressions faciales de colère et de joie moins nettement distinctes, ce qui les rendait plus facilement sujettes à des interprétations erronées.

«Comme si elles parlaient des langues différentes»

Dans un communiqué, le responsable de l’étude, Connor Keating, explique: «Nos résultats montrent que les personnes autistes et non autistes ne se distinguent pas seulement par l’apparence de leurs expressions faciales, mais aussi par la fluidité avec laquelle celles-ci se forment.» Ces différences pourraient expliquer pourquoi les deux groupes ont souvent plus de difficulté à reconnaître les émotions de l’autre.
Jennifer Cook, auteure senior de l’étude, ajoute: «Les personnes autistes et non autistes expriment peut-être leurs émotions de manière différente, mais tout aussi valable – presque comme si elles parlaient des langues différentes.» Ce qui a longtemps été perçu comme un déficit chez les personnes autistes pourrait donc plutôt relever d’un obstacle de compréhension mutuelle.

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