Flexibiliser les salaires de l’État? Le SSP Fribourg dénonce une fausse bonne idée

À deux mois de la votation cantonale sur la LAFE, le syndicat met en garde contre une réforme salariale ouvrant la voie à une «généralisation du salaire au mérite».

, 9 février 2026 à 10:56
image
Mouvement de grève à l'HFR en 2018 | Image: SSP Fribourg, DR
La section fribourgeoise du Syndicat des services publics (SSP) lance un nouvel appel à la mobilisation. Une demande de référendum avait été déposée en début d’année 2026, les professionnels du secteur public et parapublic, dont les infirmiers de l’Hôpital fribourgeois, sont désormais appelés à voter «non» le 26 avril lors de la votation populaire cantonale sur la Loi sur l’assainissement des finances de l’État (LAFE).
Parmi les principales préoccupations figure le projet d’abrogation de la grille salariale actuelle, au profit d’une plus grande flexibilité du système de rémunération – soit une «généralisation du salaire au mérite», dénonce le syndicat dans un communiqué.

Un sytème de rémunération jugé trop rigide

Pour rappel, une motion de Christian Clément (Centre, Arconciel) et Nicolas Galley (UDC, Écuvillens), déposée en septembre 2025, demandait une modification de la Loi sur le personnel de l’État et de ses restrictions légales. Le système en place entraînerait, selon les motionnaires, des désavantages aussi bien pour les employés que pour l’État employeur.
Les premiers se heurteraient à un plafond dans leur progression: «la rémunération ne suit ni l’effort fourni, ni l’évolution des compétences, ni le marché du travail pour certaines fonctions stratégiques. Cela entraîne une démotivation des plus performants et une perte d’attractivité», peut-on lire dans la motion.
L’État employeur verrait quant à lui son agilité réduite: «il est difficile d’être plus généreux en période favorable ou de ralentir les hausses en période difficile. La gestion responsable des ressources humaines et financières est ainsi entravée.»
Si le Conseil d’État a, dans sa réponse du 3 février 2026, rejeté l’idée d’une révision totale de la loi, il entend mener une réflexion approfondie sur plusieurs des éléments proposés. Ainsi, «une rémunération qui reflète davantage l’effort et l’évolution professionnelle pourrait créer un gain d’attractivité et de rétention des meilleurs collaborateurs et collaboratrices, en particulier pour les fonctions stratégiques où le marché de l’emploi est très compétitif», souligne le CE.

Flexibilité des salaires: une (fausse) bonne idée?

Le syndicat fribourgeois livre une autre analyse. Une flexibilisation accrue du système de rémunération constituerait, selon lui, une véritable remise en cause de la rémunération des infirmiers et infirmières, des intervenants en protection de l’enfance ou encore des enseignants. En outre, un tel développement s’inscrirait dans une logique de «coupes claires dans le service public et parapublic».
Des travaux de réflexion doivent toutefois être menés au cours de l’année et impliquer les divers partenaires, dont les syndicats, sans quoi la loi ne pourra être modifiée. Le Grand Conseil est ainsi invité, par le CE, à accepter l’introduction de plus de flexibilité dans le système de rémunération, mais avec un délai de mise en œuvre fixé à la fin de la prochaine législature, soit en 2031.

PAFE...dans les soins

Mis en consultation d’avril à juin 2025, le Programme d’assainissement des finances de l'État (PAFE) avait suscité 108 prises de position et une forte mobilisation. Début juin, syndicats et professions clés – enseignants, soignants, forces de l’ordre – avaient défilé dans les rues de Fribourg pour dénoncer ses effets. Pour les soignants, le plan était tout simplement incompatible avec l’initiative pour des soins infirmiers forts.
Le Conseil d’État a finalisé son projet d’assainissement en septembre 2025. Si le plan initial prévoyait 500 millions d’économies en trois ans, il a finalement été ramené à 405 millions, certaines mesures très contestées – comme la «contribution de solidarité» imposée au personnel de l’État – ont notamment été abandonnées. En revanche, la stabilisation des prestations d’intérêt général (PIG) à l’HFR et la limitation de celles destinées au Réseau fribourgeois de santé mentale (RFSM) ont été confirmées.


Partager l'article

Loading

Commentaire

Plus d'informations sur ce sujet

image

Planification hospitalière: le Conseil fédéral reste sur la réserve

Malgré un «potentiel d'optimisation» reconnu, la Confédération ne souhaite pas assumer la planification hospitalière et laisse ce dossier aux cantons – au grand dam de certains politiques.

image

Christine Meuwly est la première infirmière cantonale de Fribourg

Après le Valais, c'est au tour du canton de Fribourg d'accueillir sa toute première infirmière cantonale: Christine Meuwly.

image

Vaud: les cabinets infirmiers menacés par une baisse rétroactive de revenus

L'activité infirmière indépendante en cabinet est directement visée par un arrêté du Conseil d'Etat vaudois: pour ce dernier, la rémunération des prestations doit baisser, avec effet rétroactif au 1er janvier 2025.

image

Soins aux proches: le Conseil fédéral sommé de fixer des tarifs plus bas

Les caisses-maladie et les cantons doivent cesser de débattre de la qualité et des tarifs des soins aux proches: le Conseil fédéral est appelé, via deux motions, à fixer des règles claires.

image

640'000 CHF par an? Les salaires Spitex font grincer des dents

Un rapport sur les comptes des entreprises privées d’aide et soins à domicile éclaire d’un jour nouveau les rémunérations du secteur de la santé. En voici quelques chiffres révélateurs.

image

Infirmier ou infirmière cantonale? Bâle hésite encore

Seuls quatre cantons suisses se sont dotés d’un tel poste. À Bâle-Ville, le Parlement a voté d’extrême justesse en faveur d’un postulat visant à en examiner la création.

Du même auteur

image

Le Jura veut professionnaliser les proches aidants

La FSAD lance un projet pilote d’un an pour encadrer, former et rémunérer les proches aidants. Parmi ses objectifs: leur permettre d'évoluer vers le statut de «proche soignant».

image

Première greffe du visage grâce à un don anticipé

L’Hôpital universitaire Vall d’Hebron, en Espagne, signe une première mondiale: il réalise une transplantation faciale d’une précision remarquable – rendue possible par le don d’une personne ayant eu recours à l’euthanasie.

image

La Rega enregistre une nouvelle hausse de ses missions en 2025

La Garde aérienne suisse de sauvetage a vu son activité progresser en Suisse et à l’étranger. Le nombre d’interventions dépasse de 7% la moyenne des cinq dernières années.