Prix des médicaments: la Comission freine l'initiative jurassienne

Le canton du Jura souhaitait disposer d'instruments efficaces contre la hausse du prix des médicaments: sa demande risque d'échouer.

, 29 janvier 2026 à 10:32
image
Le conseiller aux États UDC schaffhousois Hannes Germann préside actuellement la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil des États.
Une initiative déposée par le canton du Jura demande de «stopper une évolution scandaleuse des prix des médicaments».
Concrètement, elle invite les Chambres fédérales à édicter de nouvelles dispositions légales permettant à l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) de stopper la hausse des prix des médicaments et, «à terme, de les faire baisser dans une mesure conforme à la raison».

Portes ouvertes

L'initiative, déposée en 2019, a été approuvée par les commissions consultatives des deux chambres. En mars 2024, le Conseil des États a accordé une prolongation du délai jusqu'à la session de printemps 2026.
La Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil des États (CSSS-E) s'est de nouveau penchée sur la question en début de semaine: par 6 voix contre 4 et une abstention, elle propose de classer l'initiative cantonale.
Dans son communiqué, l'instance reconnaît que la maîtrise des coûts des médicaments «constitue un défi permanent». Elle estime toutefois que des «mesures essentielles» ont déjà été adoptées, notamment des rabais de quantité sur les médicaments à fort chiffre d'affaires.

La pression des lobbyistes

L'attitude hostile de cette faible majorité n'a rien de surprenant. Dans le contexte actuel, on peut déjà s'estimer heureux si les prix ne poursuivent pas leur hausse. Au printemps dernier, Vas Narasimhan, CEO de Novartis, avait demandé une augmentation des prix des médicaments en Europe.
Peu avant Noël, Thomas Schinecker, CEO de Roche, déclarait à son tour dans le «SonntagsZeitung» que l'introduction de nouveaux médicaments pourrait être retardée si la Suisse n'augmentait pas les prix.
Fin septembre, la conseillère aux États socialiste Flavia Wasserfallen demandait au Conseil fédéral de renoncer à toute hausse des prix des médicaments dans le contexte du conflit douanier avec les États-unis et de mettre en œuvre intégralement et sans délai le deuxième volet de mesures visant à maîtriser les coûts.

Le modèle d'impact budgétaire sous pression

Wasserfallen avait surtout en tête le dénommé «modèle d'impact budgétaire», permettant d'instaurer l'équivalent d'un rabais de quantité: lorsqu'un médicament dépasse un certain volume de ventes, le titulaire de l'autorisation peut être tenu de reverser une petite partie de son chiffre d'affaires annuel à l'assurance obligatoire des soins (AOS). En coulisses, les lobbyistes de l'industrie pharmaceutique ont tenté d'empêcher l'adoption de ce modèle, ou du moins de la retarder.
Fin novembre 2025, le Conseil fédéral se montrait globalement favorable au principe. Dans une prise de position, il assurait vouloir rapidement mettre en œuvre les mesures de maîtrise des coûts décidées par le Parlement, «afin qu’elles déploient leurs effets sur l’accès aux nouveaux médicaments, sur l’approvisionnement en produits bon marché et sur les coûts croissants dans ce domaine».
Ces mesures correspondent également aux exigences de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil national (CSSS-N), indiquait cette dernière dans une lettre du 20 octobre 2025.
Les responsables de la politique sociale – et les lobbyistes pharmaceutiques – au Conseil des États semblent moins pressés. Lors de la dernière session d'hiver, la motion Wasserfallen a été renvoyée à la commission compétente pour un examen préliminaire. Un ralentissement est donc à prévoir. La motion n'a pas été abordée lors de la séance de commission en début de semaine, du moins pas officiellement.
  • politique
  • Prix des médicaments
  • Coûts de la santé
Partager l'article

Loading

Commentaire

Plus d'informations sur ce sujet

image

Soins aux proches: le Conseil fédéral sommé de fixer des tarifs plus bas

Les caisses-maladie et les cantons doivent cesser de débattre de la qualité et des tarifs des soins aux proches: le Conseil fédéral est appelé, via deux motions, à fixer des règles claires.

image

Infirmier ou infirmière cantonale? Bâle hésite encore

Seuls quatre cantons suisses se sont dotés d’un tel poste. À Bâle-Ville, le Parlement a voté d’extrême justesse en faveur d’un postulat visant à en examiner la création.

image

Trois communes neuchâteloises distinguées pour leur politique de santé

Initiatives intergénérationnelles, accès au sport, inclusion sociale: La Grande Béroche, Milvignes et Val-de-Travers sont les premières communes neuchâteloises à décrocher le label «Commune en santé».

image

Coûts de la santé et primes: un grand écart assumé?

Les dépenses de santé ne cessent de croître, mais les primes grimpent encore plus rapidement. Pourquoi? L’Institut CSS apporte des éléments d'analyse et soulève une question délicate: sommes-nous prêts à revenir sur certaines prestations?

image

Le Valais accueille sa toute première infirmière cantonale

Emmanuelle Kerwien-Jacquier est nommée infirmière cantonale au terme d'un long processus de recrutement – une première pour le canton du Valais.

image

Conseil fédéral: pas de compensation automatique du renchérissement pour les hôpitaux

Le Conseil fédéral estime qu'une compensation automatique du renchérissement pour les tarifs hospitaliers n'est «pas appropriée». H+ met en garde contre un sous-financement.

Du même auteur

image

Urgences sous tension: la télémédecine, une solution?

Une nouvelle étude le confirme: la Kids Line détourne une large part des cas mineurs des urgences pédiatriques.

image

Planification hospitalière: pression supplémentaire sur les cantons

Coordination renforcée: les cantons ne doivent plus seulement aligner leurs listes d’hôpitaux, mais aussi s’accorder sur les mandats de prestations et les attribuer conjointement.