Les réactions sur les réseaux sociaux ne se sont pas faites attendre: «Et ensuite on critique les salaires des médecins-chefs…», commentait notamment un utilisateur LinkedIn à propos du rapport. Lorsqu’un membre de la direction d’un service d’aide et de soins à domicile Spitex touche plus de 640'000 francs annuels, les débats politiques sur la rémunération des médecins-chefs ou des gestionnaires de caisses prennent soudain une toute nouvelle dimension.
Comment a-t-on obtenu ces données? L’institut des communes zurichoises GeKoZH a analysé les comptes annuels de 64 entreprises privées d’aide et de soins à domicile. Résultat: les dirigeants de Spitex percevaient des salaires étonnamment élevés. Plus de 60% des membres de la direction touchent plus de 150'000 francs bruts par an, et 20% dépassent les 300'000 francs. Les salaires les plus élevés attaignaient, justement, 643'500 francs.
À noter: en Suisse, les entreprises d’aide et de soins à domicile à but lucratif comptent en moyenne 9,8 postes à temps plein. Les structures à but non lucratif sont quant à elles beaucoup plus importantes, avec près de 36 postes en moyenne.
Le fossé des classes salariales
Le rapport zurichois a de quoi surprendre: on s'attend à retrouver des salaires plus modestes dans le secteur des soins à domicile qu'au sein des grands groupes hospitaliers ou des compagnies d'assurances. Pourquoi donc un tel résultat?
Un rapide coup d’œil aux données publiquement disponibles le confirme: pour les postes de direction dans l’aide et les soins à domicile, les salaires annuels se situent généralement entre 110'000 et 200'000 francs, avec des variations selon la fonction, la région, l’organisme gestionnaire et la taille de l’entreprise. La plateforme de comparaison Kununu cite par exemple un salaire annuel de contrôleur Spitex s'élevant à 166'000 francs.
Quant aux directeurs, les salaires moyens se situent entre 125'000 et 155'000 francs, avec des fourchettes allant jusqu'à 190'000 francs selon les portails d'évaluation. Les postes clés des entreprises privées d'aide et de soins à domicile peuvent toutefois s'accompagner de salaires nettement plus élevés, supérieurs à 300'000 francs dans certains cas.
«Dans le canton de Zurich, des salaires de 200'000 à 300'000 francs sont tout à fait justifiés», déclarait la vice-présidente de l'Association Spitex privée Suisse, Katharina Hadorn, à la télévision SRF.
Les indemnités des conseils d'administration ou des présidents connaissent elles aussi des variations considérables: il y a quelques années, le salaire de la présidente de Spitex Berne, d'environ 180'000 francs par an pour un poste à 90%, faisait parler de lui.
De manière générale, un large fossé semble persister entre entreprises privées et publiques, ces dernières s’alignant souvent sur les classes salariales cantonales. L’Association Spitex de Thurgovie, par exemple, recommande pour une directrice ou cheffe d’entreprise un salaire de base débutant à 105'000 francs. De son côté, l’Association zurichoise d’aide et de soins à domicile préconise qu’une directrice d’établissement au sein d’une petite organisation perçoive entre 82'000 et 105'000 francs, avec des majorations possibles selon la taille de l’établissement ou l’expérience.
Pour la direction des soins, les salaires annuels se situent plutôt entre 110'000 et 115'000 francs. Ces recommandations sont légèrement inférieures à celles des hôpitaux cantonaux, ce qui s’explique en partie par le moindre recours aux services de nuit et de week-end dans les structures d’aide et de soins à domicile.