Vaud: les cabinets infirmiers menacés par une baisse rétroactive de revenus

L'activité infirmière indépendante en cabinet est directement visée par un arrêté du Conseil d'Etat vaudois: pour ce dernier, la rémunération des prestations doit baisser, avec effet rétroactif au 1er janvier 2025.

, 28 janvier 2026 à 11:53
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Image symbolique: TopSphere Media sur Unsplash
Les infirmiers et infirmières indépendants du canton de Vaud devront-ils rembourser une partie de leurs revenus pour l’année 2025 ? C’est en tout cas la conséquence possible d’un récent arrêté du Conseil d’État vaudois. En cause: une baisse du financement résiduel (la part couverte par le canton) des soins effectués en cabinet, avec effet rétroactif au 1er janvier 2025.
Par arrêté du 3 décembre 2025, le gouvernement a fixé de nouveaux montants de financement. Si ceux-ci intègrent l’indexation de 0,6% et les revalorisations salariales décidées par le Grand Conseil, la rémunération des infirmiers indépendants en cabinet chute d’environ 25%.

«Corriger une inégalité de traitement»

Concrètement, une prestation d’évaluation ou de conseil en cabinet perd près de 30 francs en raison de la réduction de la contribution de l’État: elle passe de 117,08 francs par heure – dont 76,90 pris en charge par l’AOS et 40,18 par l’État – à 87,74 francs, dont seulement 10,84 francs à la charge du canton.
La même logique s’applique aux prestations liées à l’examen ou au traitement: le tarif horaire chute de 96,36 à 75,67 francs, la contribution de l’État diminuant de plus de 20 francs, passant de 33,36 à 12,67 francs.
L’intention du Conseil d’État semble claire: alors que les infirmiers indépendants percevaient jusqu’ici la même rétribution, qu’ils se déplacent au domicile des patients ou exercent en cabinet, ces deux types de prestations ne devraient désormais plus être rémunérés de manière équivalente.
Ainsi, le Département de la santé et de l'action sociale explique pour «24heures» que «la nouvelle tarification vise à corriger une inégalité de traitement entre les infirmières et infirmiers qui se rendent effectivement au domicile des patients» – une inégalité qui serait donc directement liée aux frais de déplacement. Et d'ajouter que la tendance générale reste néanmoins à la revalorisation: «Entre 2021 et 2025, les prestations ont été revalorisées en moyenne de près de 7%, dont une moyenne d’environ +27% de financement résiduel à charge de l’État» (pour en savoir plus).

Des réactions presque immédiates

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Un recours constitutionnel a rapidement été déposé par Javad Nazery, président de la Société vaudoise de soins et lui-même infirmier indépendant. La Cour constitutionnelle du canton de Vaud a reconnu le recours comme recevable et suspendu l’arrêté avec effet immédiat.
En parallèle, Blaise Vionnet, député Vert-libéral au Grand Conseil vaudois, a déposé une interpellation ce mardi 27 janvier 2026, co-signée par des députés de tous bords. Parmi les inquiétudes: la fermeture possible de nombreux cabinets. «Cette baisse d’environ un quart de leurs revenus horaires rend l’activité incompatible avec la viabilité d’un cabinet et de ses charges fixes», souligne Vionnet.
Point non moins préoccupant: le caractère rétroactif de cette décision. «Comment le Conseil d’Etat peut-il appliquer une telle sanction?», dénonce l'interpellation. «Les infirmiers-ères ont exercé légalement leur profession sur la base d’un barème officiel en vigueur, ils ont facturé selon les règles connues et ont organisé leur activité professionnelle sur cette base. Comment le Canton peut-il soudain décider unilatéralement de changer les règles et cela avec un effet rétroactif d’une année qui représente au minimum 25% de leur chiffre d’affaires?»

La colère monte chez les professionnels

En outre, selon le député, «le cadre de la prise en charge doit s’adapter à chaque situation, d’autant plus pour des patients souffrants de troubles psychiatriques. La sortie au cabinet est souvent porteuse d’un enjeu thérapeutique majeur».
Une réflexion que semblent partager les professionnels du terrain. Interrogée par «24heures», Emilie Perrollaz, infirmière en santé mentale explique ainsi qu'il est parfois nécessaire «d’avoir un cabinet pour offrir un cadre de confidentialité adapté, notamment pour l’accueil des plus jeunes, des ados ou pour motiver des patients déprimés à sortir de chez eux».
Cette décision aurait été prise sans concertation avec les acteurs du terrain, qui soulèvent aujourd'hui de nombreuses questions: quid des pratiques mixtes alliant prise en charge en cabinet et à domicile pour s'adapter aux besoins des patients? La fragilisation des infirmiers indépendants risque-t-elle d'avoir des répercussions sur le secteur hospitalier, déplacant les soins du cabinet vers des structures parfois plus coûteuses?
Ailleurs en Suisse, les discussions semblent se concentrer plutôt sur les écarts de rémunération entre infirmiers indépendants et praticiens au sein d’organisations type Spitex – sans distinction de rémunération entre cabinet et domicile.
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