L’Hôpital universitaire Vall d’Hebron, en Espagne, signe une première mondiale: il réalise une transplantation faciale d’une précision remarquable – rendue possible par le don d’une personne ayant eu recours à l’euthanasie.
, 6 février 2026 à 13:17
L'équipe médicale de l'Hôpital universitaire de Vall d’Hebron, aux côtés de la patiente transplantée | Image: FIR-HUVH Fundació Institut de Recerca Hospital Universitari Vall d'Hebron
L'Hôpital universitaire de Vall d’Hebron, en Espagne, vient de réaliser une première mondiale: une transplantation partielle de visage issue d'une donneuse ayant eu recours au suicide assisté. Cette dernière avait exprimé le souhait de faire don non seulement de ses organes, mais aussi de ses tissus et de son visage. Sa démarche a permis à l'équipe de préparer l'intervention en amont, avec une précision inédite.
À ce jour, on ne compte que 54 transplantations du visage réalisées à travers le monde, et seule une vingtaine de centres habilités à mener ce type d'opération. L'établissement barcelonais avait déjà réalisé une première mondiale en 2010 avec la première transplantation faciale totale, cinq ans après la toute première transplantation partielle du visage à l'Hôpital d'Amiens, en France.
La procédure aura mobilisé plus de 100 professionnels à travers des spécialités aussi variées que la chirurgie plastique et reconstructive, la microchirurgie, la transplantation, l'immunologie, la psychiatrie et la psychologie clinique, la réhabilitation, les soins intensifs ou encore l'anatomie pathologique.
Jusqu'à 24 heures au bloc opératoire
Atteinte d’une nécrose du tissu facial liée à une infection, la receveuse avait progressivement été défigurée, au point de ne plus pouvoir voir, manger ni parler normalement. Seule solution: une transplantation partielle du visage de type I, ciblant la zone centrale, au terme d’une intervention de 15 à 24 heures.
Image: FIR-HUVH Fundació Institut de Recerca Hospital Universitari Vall d'Hebron
«La greffe du visage est une intervention chirurgicale fonctionnelle, réalisée lorsque le patient a perdu certaines parties du visage, telles que les muscles faciaux orbiculaires de la bouche et des yeux, qui ne peuvent être restaurées par les techniques classiques de chirurgie plastique. Il s'agit de patients présentant une défiguration faciale grave due à une maladie, à des brûlures, à un traumatisme ou à des malformations congénitales affectant des fonctions vitales», explique Joan-Pere Barret i Nerín, chef du service de chirurgie plastique et des brûlés de l'Hôpital universitaire Vall d'Hebron, dans un communiqué.
«On évalue notamment sa capacité d'adaptation»
L'option d'une transplantation faciale n'est toutefois envisagée que lorsque plusieurs critères sont remplis: des critères non seulement médicaux, mais aussi psychologiques, cognitifs et sociaux. «On évalue notamment la capacité d'adaptation du patient, sa capacité à faire face, ses attentes et son adhésion au traitement. Les antécédents psychiatriques, le soutien social et familial, ainsi que l'état cognitif sont également pris en compte», expliquent Sara Guila Fidel et María Sonsoles Cepeda, qui ont dirigé l'équipe de professionnels en psychiatrie, psychologie et travail social chargée du protocole d'évaluation.
En outre, un ou une donneuse du même sexe et présentant des mesures anthropométriques compatibles doit être identifiée. Des modèles numériques en trois dimensions sont alors réalisés à partir d'images scanner de la donneuse et de la receveuse.
Entre technique chirurgicale et ingénierie
Numériques ou imprimés, ces modèles 3D constituent un fil conducteur pour les équipes, leur permettant d’anticiper l’intervention et de se guider tout au long de la procédure. «Un masque semi-rigide en silicone a en outre été conçu pour épouser la zone faciale du donneur et reconstruire le site chirurgical. Avec le concours des ingénieurs d’IXOM, des guides de coupe osseuse sur mesure, adaptés au donneur comme à la receveuse, ont été élaborés afin d’obtenir un ajustement d’une précision millimétrique», précise encore l’hôpital.
Image: FIR-HUVH Fundació Institut de Recerca Hospital Universitari Vall d'Hebron
Une fois au bloc, le recours à des techniques microchirurgicales vasculaires et nerveuses s'avère essentiel, tant pour l'extraction que pour l'implantation. Cette approche doit garantir la fonctionnalité, l'expressivité faciale et la sensibilité chez la receveuse. La peau, le tissu adipeux, les nerfs périphériques, les muscles faciaux et les os faciaux sont tous transplantés.
Retour au mouvement
La patiente transplantée est restée hospitalisée durant un mois, d’abord dans l’unité de soins intensifs pour grands brûlés, puis au sein du service de traumatologie, de rééducation et de traitement des brûlures. Une rééducation a été engagée sans délai afin de l’aider à retrouver des fonctions essentielles, telles que parler ou mâcher.
«Dans un premier temps, le visage du patient se trouve dans une phase hypotonique, sans mouvement, car les connexions nerveuses ne sont pas encore établies.»
Les progrès se font au jour le jour et les efforts se poursuivent sur le long terme: «Dans un premier temps, le visage du patient se trouve dans une phase hypotonique, sans mouvement, car les connexions nerveuses ne sont pas encore établies. Nous intervenons alors pour stimuler l'innervation, à l'aide d'outils tels que des miroirs, différentes textures ou encore des images du patient lui permettant de se remémorer les mouvements et la perception visuelle du visage», explique Daniela Issa, du service de médecine physique et de réadaptation.