Sous-diagnostic chronique: la vague Covid a encore des répercussions aujourd'hui

La pandémie a fortement perturbé le dépistage et la prise en charge des maladies chroniques, et ses effets perdurent, révélant de nettes disparités sociales.

, 5 février 2026 à 15:49
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Image: Gabriella Clare Marino / Unsplash
La pandémie de Covid a profondément perturbé le dépistage des maladies chroniques – et ses effets se font encore sentir aujourd’hui. C’est ce que met en évidence une vaste étude de cohorte menée en Angleterre et portant sur 19 pathologies, de l’asthme à la colite ulcéreuse.
Selon ses résultats, plusieurs millions de cas n’ont pas pu être diagnostiqués, contrairement à ce que laissaient prévoir les tendances observées dans le pays avant la pandémie.
Sans surprise, la première année de la pandémie (2020–2021) s’est traduite par une forte baisse des diagnostics pour les 19 maladies chroniques étudiées. La panique et les mesures de précaution ont fait chuter le recours aux examens médicaux. Les cas de dépression (-27,7%), d’asthme (-16,4%) et de BPCO (-15,8%) ont été particulièrement sous-diagnostiqués.
Mais le phénomène ne s’est pas résorbé avec le temps: fin 2024, les diagnostics cumulés pour plusieurs maladies restaient encore nettement en deçà des niveaux attendus, notamment pour le psoriasis (-17%) et l’ostéoporose (-11,5%).
Les maladies rénales chroniques font toutefois figure d'exception: le nombre de diagnostics était supérieur de 34,8% aux valeurs attendues (soit une très nette augmentation) à la fin de l'année 2024.Pour les auteurs, placés sous la direction du National Institute for Health and Care Research, ce phénomène pourrait s’expliquer par une modification des directives et par une augmentation des activités de dépistage.
Une autre hypothèse est envisagée: cette évolution pourrait refléter des effets directs ou indirects, encore inconnus, du COVID-19 sur la fonction rénale.
L’analyse des sous-groupes révèle des tendances frappantes: les personnes de teint clair vivant dans des régions plus aisées ont été plus enclines à consulter et à obtenir un diagnostic après la pandémie – une tendance particulièrement nette dans le cas des diagnostics de démence. D’autres groupes sont restés moins bien pris en charge, suggérant ainsi que l’accès aux soins continue de dépendre fortement du statut socio-économique.
La pandémie n’a donc pas seulement bouleversé la prise en charge des infections; elle a également laissé des traces durables en matière de détection et de suivi des maladies chroniques.

Stratégie de rattrapage?

Si la situation en Angleterre diffère de celle de la Suisse – et s’avère plus précaire – l’étude britannique montre toutefois que les retards accumulés dans les soins peuvent perdurer longtemps. Elle met également en évidence les conséquences à long terme des diagnostics tardifs: prise en charge moins efficace de la dépression, maladies pulmonaires non détectées ou traitement retardé de l’ostéoporose. Les disparités liées au statut socio-économique et à l’origine ethnique tendent par ailleurs à accentuer les inégalités déjà existantes en matière de santé.
La question se pose donc également en Suisse: dans quelle mesure une stratégie ciblée de rattrapage serait-elle nécessaire pour assurer le diagnostic et le traitement des maladies chroniques?
Traduit de l'allemand par Jehanne Picard
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