Cancer du col de l’utérus: vers des dépistages moins fréquents?

Chez les femmes vaccinées tôt contre le papillomavirus, la fréquence des dépistages pourrait être revue à la baisse. Selon une étude menée en Norvège, deux à trois examens au cours de la vie pourraient suffire.

, 4 février 2026 à 08:12
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Image symbolique: Unsplash
La progression de la couverture vaccinale contre le papillomavirus humain (HPV) s’accompagne d’une baisse du risque de cancer du col de l’utérus. Des équipes de recherche norvégiennes et américaines se sont ainsi penchées sur la nécessité d’adapter les programmes de dépistage.
Les chercheurs ont modélisé des cohortes théoriques de femmes ayant été vaccinées contre le HPV entre 12 et 30 ans en Norvège, afin de comparer plusieurs stratégies de dépistage. Les scénarios différaient par l’âge de début, l’intervalle entre les examens et le nombre total de tests réalisés au cours de la vie. L’analyse a par ailleurs intégré, outre les coûts directs, le temps et les frais de déplacement supportés par les patientes.

Moins fréquent, plus rentable

Les résultats étaient sans équivoque: tous âges confondus et pour les deux types de vaccins étudiés, un dépistage moins fréquent s’est révélé plus rentable que l’intervalle de cinq ans actuellement recommandé.
L’âge au moment de la vaccination contre le HPV semble constituer un facteur déterminant. Chez les femmes vaccinées avant 30 ans, un espacement accru des dépistages serait associé à une meilleure efficience et à un moindre risque d’effets indésirables par rapport aux recommandations en vigueur.
Chez celles vaccinées entre 12 et 24 ans, les stratégies optimales pourraient ainsi reposer sur des intervalles de 15 à 25 ans, soit seulement deux ou trois examens au cours de la vie.

Immunité collective et taux de vaccination

Pour Jo Morrison, gynécologue oncologue au Somerset NHS Foundation Trust interrogée par le Science Media Centre, l’étude est «méthodologiquement solide». Elle relève toutefois des limites, dont la taille restreinte et l’homogénéité de la population norvégienne. «D’autres recherches seront nécessaires pour évaluer sa généralisation à plus grande échelle», souligne-t-elle.
Sur le fond, les résultats s’inscrivent toutefois dans la continuité des données existantes. Plusieurs travaux de synthèse antérieurs, dont deux revues Cochrane récentes, ont montré que les programmes de vaccination contre le HPV réduisent nettement le risque de cancer du col de l’utérus et de lésions précancéreuses. L’étude actuelle s’intègre ainsi au débat international sur l’évolution du rapport coût-efficacité du dépistage.
Le taux de vaccination demeure un élément clé, souligne Jo Morrison. L’efficacité de la vaccination contre le HPV à l’échelle de la population dépend aussi de l’immunité collective, de la prévalence du virus et des comportements vaccinaux. Des hypothèses formulées dans des pays à forte couverture vaccinale ne sont donc pas automatiquement transposables à des régions où celle-ci est plus faible.

Perspectives d'avenir

Selon les auteurs, les programmes de dépistage devraient ainsi évoluer vers une approche plus différenciée, intégrant notamment l’âge au moment de la vaccination contre le HPV. L’application d’une fréquence unique à l’ensemble des femmes pourrait ainsi perdre de sa pertinence.
Les systèmes de santé pourraient dès lors mieux cibler leurs ressources, éviter des examens inutiles et mieux exploiter les bénéfices associés à la vaccination contre le papillomavirus.
  • Kine Pedersen, Jacopo Di Silvestre, Stephen Sy, et al.: «Optimizing Cervical Cancer Screening by Age at Vaccination for Human Papillomavirus: Health and Resource Implications», dans: «Annals of Internal Medicine», février 2026.
  • DOI: 10.7326/ANNALS-25-03192
Traduit de l'allemand par Jehanne Picard
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