Chaque année, 4,2 millions de personnes à travers le monde décèdent dans les 30 jours suivant une intervention chirurgicale. Les complications cardiovasculaires, dont les crises cardiaques, figurent parmi les causes les plus fréquentes.
Une prise en charge postopératoire intégrant systématiquement la cardiologie permettrait pourtant d’en réduire significativement le nombre, selon une nouvelle étude de l’Hôpital universitaire de Bâle publiée dans le
«European Heart Journal».
Un tiers des décès évité
«Avec une réduction de 46% des complications cardiaques et de 35% de la mortalité, l’étude met en évidence les avantages d’une prise en charge interdisciplinaire étroitement coordonnée», souligne l’institution dans un communiqué.
Pour Christian Müller, médecin-chef en recherche clinique à l’Hôpital universitaire de Bâle, «ces résultats démontrent de manière saisissante qu'une collaboration étroite entre la chirurgie, l’anesthésie et la cardiologie n’est pas seulement utile en théorie, mais qu’elle permet de sauver des vies de façon mesurable».
Signaux d'avertissement ignorés
Quelles sont, dès lors, les lacunes mises en évidence? Selon Noemi Glarner, première auteure de l’étude et médecin-assistante à l’Hôpital universitaire de Bâle, plusieurs signaux d’alerte typiques – tels que les douleurs thoraciques ou la détresse respiratoire – peuvent être masqués par les analgésiques, les effets résiduels de l’anesthésie et l’attention portée aux plaies chirurgicales. «En l’absence d’un dépistage systématique à l’aide de biomarqueurs, ces événements potentiellement mortels ne sont généralement pas détectés lors des soins de routine.»
Dans certains hôpitaux, l’absence d’implication systématique des cardiologues dans le suivi postopératoire ne fait qu’aggraver la situation. Les chirurgiens se concentrent sur l'intervention chirurgicale, tandis que le cœur, tel un «patient silencieux», ne reçoit pas assez d'attention.
Manque de ressources
À ces lacunes s’ajoutent des contraintes liés au personnel. En Suisse, selon l’étude, une évaluation cardiologique n’a pu être réalisée que pour environ 60% des patients concernés, le manque de ressources durant les week-ends constituant le principal obstacle.
Pour Christian Puelacher, premier auteur de l’étude, «nos conclusions devraient être l’occasion de renforcer les ressources allouées à ces soins interdisciplinaires».
Traduit de l'allemand par Jehanne Picard