Antihypertenseurs: le deprescribing chez les personnes très âgées

Chez les résidents d'EMS les plus âgés et les plus fragiles, une réduction progressive des traitements antihypertenseurs peut être envisagée: une récente étude montre que cette stratégie n’est associée ni à une augmentation de la mortalité, ni à un risque accru de chutes.

, 2 février 2026 à 12:37
image
Image symbolique: Towfiqu barbhuiya / Unsplash
Les médicaments antihypertenseurs sont-ils encore utiles chez les personnes très âgées résidant en maison de soins et présentant des valeurs tensionnelles modérées? Une récente étude menée en France apporte des éléments de réflexion précieux pour la pratique clinique.
  • Benetos A, Gautier S, Freminet A, , et al.: «Reduction of Antihypertensive Treatment in Nursing Home Residents», dans: «The New England Journal of Medicine», août 2025. DOI: 10.1056/NEJMoa2508157
L’étude multicentrique RETREAT-FRAIL a permis de randomiser un échantillon de 1'048 résidents d’EMS âgés de 80 ans et plus. L’âge moyen des participants était de 90 ans, et la majorité étaient des femmes (environ 80%).
La plupart présentaient une fragilité modérée à sévère (frailty) ainsi que des troubles cognitifs, avec un score moyen au MMSE de 13,4. Tous avaient une pression artérielle systolique inférieure à 130 mmHg et recevaient au moins deux médicaments antihypertenseurs.
Les participants ont été répartis aléatoirement en deux groupes selon deux stratégies thérapeutiques:
  • une réduction structurée du traitement antihypertenseur, réalisée par étapes selon un protocole prédéfini;
  • la poursuite des soins habituels, sans sevrage ciblé.
La durée médiane de suivi a été d’un peu plus de trois ans.

Aucune différence significative

Au cours de la période de suivi, un nombre important de participants est décédé:
  • 326 sur 528 (61,7%) dans le groupe ayant bénéficié d’une réduction progressive des antihypertenseurs;
  • 313 sur 520 (60,2%) dans le groupe sous traitement habituel.
image
Graphique: Benetos et al., 2025
Les critères d’évaluation secondaires n’ont pas non plus montré de différences notables:
  • absence d’augmentation des événements cardiovasculaires;
  • absence d’augmentation des chutes ou des fractures;
  • absence de détérioration de la cognition, de la fonction ou de la qualité de vie.

Éviter une surthérapie

La Société suisse d'hypertension a récemment publié une analyse de ces résultats, concluant que, «chez les patients âgés fragiles vivant en établissement médicalisé et présentant une pression artérielle systolique inférieure à 130 mmHg, une stratégie antihypertensive progressive n'améliore pas la survie, mais n'est pas non plus susceptible d'aggraver les résultats».
Il est donc essentiel, selon celle-ci, d'orienter le traitement antihypertenseur non pas en premier lieu en fonction de l'âge, mais en fonction du degré de fragilité:
  • chez les personnes âgées en bonne forme physique, la réduction de la tension artérielle reste bénéfique en termes de pronostic;
  • les résidents d'EMS les plus fragiles et dont la tension artérielle est bien contrôlée peuvent bénéficier d'une réduction appropriée de leur traitement.
  • SHG: Reduction of Antihypertensive Treatment

  • soins de base
  • Recherche
  • EMS
  • Hypertension artérielle
Partager l'article

Loading

Commentaire

Plus d'informations sur ce sujet

image

Diminuer la graisse dans le sang

Un nouveau médicament oral ciblant le foie et l’intestin peut réduire les triglycérides et d’autres lipides sanguins. C'est le résultat d'une étude dirigée par l'EPFL, publiée récemment dans Nature Medicine.

image

Cancer: une IA genevoise anticipe le risque de métastases

Des scientifiques de l’Université de Genève ont mis au point un algorithme capable d’estimer le risque de métastases et de récidive à partir d’analyses génétiques de la tumeur.

image

Le Young Investigator Award 2026 revient à Valentina Ferrari

La Fond’action contre le cancer distingue la jeune chercheuse en oncologie de l’Institut de recherche en biomédecine (IRB) tessinois. Une dotation de 100'000 francs soutiendra ses travaux sur l’immunothérapie du cancer du sein triple négatif.

image

Médecins de famille: les fermetures de cabinet n'ont pas le même impact partout

Là où les praticiens se font rares, chaque fermeture de cabinet laisse une empreinte profonde. Dans d'autres régions, ce sont au contraire des effets inattendus qui se dessinent.

image

Pourquoi une sieste booste la mémoire et la concentration

Au fil de la journée, les connexions neuronales se saturent, freinant l’apprentissage. Des chercheurs suisses et allemands le démontrent: une sieste aide le cerveau à se régénérer.

image

Hypertension: un patient sur trois ne prend jamais sa tension

La mesure de la pression artérielle à domicile, pourtant recommandée par les lignes directrices, s'avère trop contaignante pour un tiers des patients. C'est le résultat d'une étude de cohorte américaine.

Du même auteur

image

RHNe: premier centre de médecine de famille aux Geneveys-sur-Coffrane

Face à la pénurie annoncée de médecins de famille, le Réseau hospitalier neuchâtelois teste un nouveau modèle ambulatoire avec l’ouverture d’un centre de médecine de premier recours.

image

Une start-up zurichoise cultive de la peau bicouche

Des deux côtés de la Sarine, la recherche fait progresser la prise en charge des grands brûlés. À Zurich, un spin-off de l’hôpital universitaire mise sur une peau cultivée à l’élasticité remarquable.

image

L’IA peut-elle déceler le stress dans les scanners de routine?

Une équipe de Johns Hopkins a identifié, via un modèle de Deep Learning, un biomarqueur de stress chronique: l'Adrenal Volume Index est apparu corrélé aux taux de cortisol, au stress subjectif et au risque d’insuffisance cardiaque.