Le nombre de personnes atteintes de maladies chroniques ne cesse d’augmenter dans le monde, exerçant une pression toujours plus forte sur les systèmes de santé – y compris en Suisse. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) vient de publier les résultats d’une vaste enquête comparative sur la prise en charge de ces patients. Et notre pays s’y distingue notamment par l’excellence de la coordination des soins et par une prise en charge largement centrée sur la personne.
L'éxpérience patient au centre
Menée entre 2023 et 2024, l’enquête PaRIS (Patient-Reported Indicators Survey) a recueilli les témoignages de plus de 107'000 patientes et patients âgés de 45 ans et plus, vivant avec au moins une maladie chronique, dans 19 pays. Particularité de cette étude: elle ne s’intéresse pas uniquement à l’état de santé, mais aussi à la manière dont les patients vivent leur prise en charge.
En Suisse, l’enquête a été confiée à Unisanté, en partenariat avec la fondation EQUAM (Promotion externe de la qualité des prestations médicales dans le secteur ambulatoire) et l’institut MIS Trend, et financée par la Commission fédérale pour la qualité (CFQ). Au total, les déclarations de 4'178 patients, suivis dans 140 structures de soins primaires réparties dans toutes les régions linguistiques, ont pu être analysées.
Des résultats nettement au dessus de la moyenne
Premier constat: les personnes atteintes de maladies chroniques en Suisse se disent globalement en meilleure santé que dans les autres pays participants. 82% déclarent être en bonne santé physique, contre 70% en moyenne dans l’OCDE, plaçant la Suisse en tête du classement. Le pays affiche également des résultats très élevés en matière de santé mentale: 91% des personnes interrogées se disent en bonne santé mentale, soit huit points de plus que la moyenne de l’OCDE.
La même tendance se confirme pour la vie sociale et le bien-être. Neuf patients sur dix jugent leur vie sociale satisfaisante et 80% déclarent un bon niveau de bien-être, le score le plus élevé de tous les pays participants. En revanche, l’état de santé général, bien que jugé très positivement (79%), reste en deçà des résultats obtenus par le pays le plus performant.
Qualité et coordination des soins
La Suisse se démarque tout particulièrement en matière de coordination des soins et de soins centrés sur la personne. Plus de quatre patients sur cinq (81%) se disent satisfaits de la coordination des soins, soit la meilleure performance de l’ensemble des pays participants, bien au-dessus de la moyenne de l’OCDE (59%).
Plus frappant encore, la quasi-totalité des personnes interrogées (97%) déclarent recevoir des soins réellement centrés sur leurs besoins et bénéficier de soins de bonne qualité. Avec ces résultats, la Suisse se place une nouvelle fois en tête du classement, loin devant la moyenne de l’OCDE (87% pour ces deux indicateurs). A y regarder de plus près, ces excellents résultats laissent troutefois apparaître plusieurs pistes d’amélioration.
Des marges de progression
Malgré ces bons résultats, l’enquête met également en lumière certaines fragilités. La capacité d’autogestion – c’est-à-dire le sentiment d’être en mesure de gérer sa propre santé – demeure perfectible. Seuls 67% des patients suisses s’estiment aptes à le faire, un score nettement inférieur à celui du pays le plus performant.
D’importantes inégalités sociales et de genre apparaissent également. Les patients aux revenus élevés affichent un niveau de bien-être et de confiance dans le système de santé plus élevé que ceux aux revenus modestes. En Suisse, 78% des patients aisés déclarent faire confiance au système de santé, contre 67% chez les patients à faibles revenus. Les femmes rapportent par ailleurs un bien-être inférieur et une confiance réduite dans le système. Les personnes souffrant de troubles psychiques font également état d’une santé plus fragile et de difficultés accrues à s’autogérer.
Des disparités régionales
L’enquête révèle enfin des différences régionales marquées. Près de 40% des structures de soins primaires en Suisse alémanique déclarent établir des plans de traitement structurés, contre environ 10% en Suisse romande et au Tessin. L’utilisation de données de routine pour améliorer la qualité des soins y est également moins répandue, laissant entrevoir un important potentiel d’amélioration.
Une analyse de l’évolution de la Suisse sur ces indicateurs aurait sans doute apporté des enseignements précieux. Elle n’aura toutefois pas lieu. Pour des raisons budgétaires, la Suisse ne participera pas aux prochaines éditions de l’enquête. «PaRIS sera reconduite tous les trois ans par l’OCDE, mais sans la participation de la Suisse. L’OFSP s’est vu contraint de renoncer au deuxième cycle», indique Unisanté dans un communiqué.