Médicament éprouvé, nouvel espoir contre les métastases du cancer du sein

Le glucocorticoïde dexaméthasone est déjà utilisé en oncologie pour atténuer les effets secondaires de la chimiothérapie. Des chercheurs bâlois révèlent qu'il pourrait également inhiber la croissance des métastases ER+ résistantes au traitement.

, 25 novembre 2025 à 12:51
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La dexaméthasone est une substance synthétique dont l'effet est similaire à celui du cortisol, l'hormone du stress | Image symbolique: Adobe Stock
Le glucocorticoïde synthétique dexaméthasone est utilisé depuis des décennies en oncologie pour soulager les nausées ou les réactions inflammatoires liées à la chimiothérapie.
Une nouvelle étude de l’Université de Bâle montre aujourd’hui que ce principe actif possède d’autres vertus: dans certains types de cancers du sein résistants aux traitements et présentant des récepteurs d’œstrogènes positifs (ER+), la dexaméthasone pourrait inhiber la formation de métastases.

L'essentiel en bref

  • Des données précliniques suggèrent que la dexaméthasone pourrait exercer des effets antitumoraux dans les métastases ER+ résistantes au traitement.
  • Une validation clinique reste toutefois nécessaire.
  • En pratique oncologique, cela pourrait permettre la réutilisation à faible coût d’un médicament bien établi, en fonction du profil moléculaire de la tumeur.
L’équipe dirigée par Mohamed Bentires-Alj (Département de biomédecine, Université de Bâle et Hôpital universitaire de Bâle) a étudié l’effet de la dexaméthasone sur les tumeurs ER+ ne répondant plus au traitement endocrinien.
Dans des modèles murins, ce traitement a permis de réduire les métastases hépatiques et de prolonger la survie.
Sur le plan mécanistique, les chercheurs ont montré que:
  • la dexaméthasone active le récepteur des glucocorticoïdes (GR);
  • le GR activé supprime l’expression du récepteur des œstrogènes (ER);
  • les cellules tumorales perdent ainsi leur principal moteur de prolifération.
Cet effet a également été confirmé dans des organoïdes dérivés de patientes atteintes d’un cancer du sein, dans lesquels une diminution significative de l’ER a été observée après administration de dexaméthasone.

Nouvelle utilisation d'un médicament éprouvé

«La dexaméthasone pourrait potentiellement soutenir directement certains traitements contre le cancer du sein, et pas seulement comme médicament d’accompagnement contre les nausées ou les inflammations», explique Charly Jehanno, chef de projet, dans un communiqué. Avant que cette hypothèse ne devienne cliniquement pertinente, il est toutefois nécessaire d’établir si cet effet peut également être reproduit chez les patientes.
Les chercheurs appellent néanmoins à la prudence: l’utilité de ce traitement semble clairement spécifique à certains sous-types. En 2019, le même groupe avait montré dans «Nature» que la dexaméthasone pouvait favoriser les métastases dans les cancers du sein triple négatif. Cette nouvelle étude souligne ainsi l’importance d’une caractérisation moléculaire précise avant toute adaptation thérapeutique.

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