Hausse des dépenses de santé: faut-il incriminer l'offre ou la demande?

Le débat sur les coûts de la santé se concentre depuis plusieurs années sur l'offre. Une nouvelle étude montre toutefois que les préférences et les besoins individuels ont globalement plus d'importance que l'offre en place.

, 8 janvier 2026 à 23:30
dernière mise à jour le 20 février 2026 à 14:13
image
Régions hospitalières étudiées et leurs dépenses de santé (les régions les moins dépensières sont représentées en blanc, les plus dépensières en bleu foncé). Et flux migratoires observés. | Graphique tiré de l'étude citée.
Comment expliquer que les frais de santé (et primes d'assurance maladie) d'un habitant de Genève, Bâle ou du Tessin soient nettement plus élevés que ceux d'un habitant d'Appenzell ou d'Obwald? La réponse la plus courante est la suivante: tout dépend de l'offre. Dans les villes, la multitude de cabinets médicaux, cliniques, spécialistes et thérapeutes fait grimper la demande. Et donc aussi les dépenses.
Est-ce vraiment le cas? Deux économistes de l'Institut CSS d'économie empirique de la santé se sont penchés sur la question. Ils ont analysé la migration interne en Suisse. Selon la thèse courante, une personne qui déménage d'Appenzell à Bâle consulterait plus souvent un spécialiste ou un kinésithérapeute.
Caroline Chuard et Philip Hochuli, auteurs de l'étude CSS, ont ainsi suivi le recours au soin de personnes ayant déménagé dans une nouvelle région hospitalière de Suisse. Les données utilisées à cette fin émanaient des caisses maladie, de l'OFSP et de l'OFS.
Philip Hochuli, Caroline Chuard: «Unpacking regional variation in health care: Insights from internal migration in Switzerland», CSS Institute WP 2025/2, janvier 2026.
Leur hypothèse: des dépenses de santé convergeant vers le niveau de la région d’accueil à la suite d’un déménagement traduisent l’influence prépondérante de l’offre de soins locale.
En revanche, leur maintien au niveau de la région d’origine indiquerait un rôle dominant de la demande, liée aux besoins et comportements individuels.

Un rapport de trois à deux

Dans l’ensemble, les facteurs liés à la demande expliquent près de 60% des écarts régionaux observés, tandis que ceux liés à l’offre n’en représentent qu’environ 40%. Autrement dit, les comportements individuels et les besoins en matière de santé demeurent déterminants – davantage encore que la densité médicale ou l’offre locale de soins.
Selon les extrapolations statistiques, l’offre n’explique qu’environ 14% des écarts de dépenses en médicaments (un résultat intuitif, qui achèterait plus de médicaments simplement parce que la densité des pharmacies est légèrement plus élevée?). Cette part s’élève à environ 33% pour la physiothérapie et à 42% pour les prestations de laboratoire.
L’étude suggère ainsi que l’«orientation sur l’offre de soins» ne suffit pas, à elle seule, à rendre compte des disparités régionales de coûts. Les différences de «culture des patients» apparaissent nettement plus déterminantes. Par ailleurs, les travaux de Caroline Chuard et Philip Hochuli indiquent que les «restrictions imposées sur le nombre de spécialistes» – principalement motivées par la hausse des coûts – pourraient également exercer un effet modérateur.
Cette lecture est cohérente avec la structure de l’offre médicale: les médecins généralistes représentent 57% de l’offre, ce qui contribue à expliquer la part de la demande associée à une plus forte densité de cabinets. Chez les spécialistes, la contribution de l’offre varie sensiblement selon la discipline, allant de 33% en gynécologie à 67% pour les prestations chirurgicales.
  • Dépenses de santé
  • css
  • Recherche
Partager l'article

Loading

Commentaire

Plus d'informations sur ce sujet

image

Suicide: miser sur la recherche pour améliorer la prévention

Un passage à l’acte est parfois précédé d'un SMS, d'un appel, ou d'une lettre. Une étude romande explore aujourd’hui ces signaux afin de mieux comprendre la crise suicidaire et d’affiner les stratégies de prévention.

image

Cystites à répétition: la composition de l’urine en cause

Une urine concentrée fragilise les tissus de la vessie, favorisant la réapparition d'infections même après un traitement antibiotique. C'est ce que démontre une équipe de l'EPFL grâce à une mini-vessie combinant technologie des organoïdes et bio-ingénierie.

image

Des modèles d'IA capables d'expliquer leurs résultats et de rendre visibles leurs limites

La HES-SO Valais-Wallis développe MSxplain, un outil d’intelligence artificielle misant sur la transparence, destiné à alléger le travail du corps médical et à améliorer la prise en charge des patients atteints de sclérose en plaques.

image

En 2024, un senior sur cinq renonçait à au moins un soin pour des raisons financières

En Suisse, le renoncement aux soins chez les seniors demeure préoccupant: une récente étude met en lumière des inégalités qui se creusent, notamment en fonction du revenu.

image

Diagnostiquer une tumeur cérébrale sans biopsie

Une analyse d’ADN tumoral dans le liquide céphalorachidien pourrait permettre de classifier les principales tumeurs cérébrales chez l’enfant. Une avancée soutenue par l’IA, qui pourrait réduire les biopsies invasives.

image

«Children & Cancer»: un pôle de recherche doté de 33,97 millions

Six institutions, plus de 30 groupes de recherche et un soutien fédéral de près de 17 millions de francs: le premier Pôle de recherche national en oncologie pédiatrique sera lancé au printemps 2026.

Du même auteur

image

Classement des hôpitaux suisses: au sommet, tout se joue de peu

Le palmarès international des hôpitaux de «Newsweek» dresse également un portrait de la Suisse: 25 institutions helvétiques intègrent l'édition 2026 des «World's Best Hospitals».

image

Epic: à Zurich, la facture bernoise fait bondir les élus

Les montants dévoilés par le groupe Insel font parler jusqu'à Zurich. Inquiets, des élus de presque tous les partis appellent à faire toute la lumière sur les coûts d’introduction du système Epic à l’Hôpital universitaire et à l’Hôpital pédiatrique.

image

«World's Best Hospitals 2026»: Genève rejoint le top 20 mondial

Les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) réalisent une progression spectaculaire dans le classement établi par Newsweek et Statista. D’autres établissements suisses, dont l’Hôpital de l'Île et Hirslanden Zurich, enregistrent également une évolution positive.