Tandis que la relève médicale demeure une préoccupation majeure en Suisse, l’Hôpital cantonal de Lucerne (LUKS) semble avoir trouvé une partie de la réponse du côté de l’expérience. L’établissement mise de plus en plus sur l’engagement de médecins poursuivant leur activité au-delà de l’âge légal de la retraite, notamment grâce au programme
«Silver Expert».
Cette évolution se reflète également dans la composition des équipes dirigeantes. La proportion de cadres est particulièrement élevée parmi les médecins âgés: elle avoisine 30% chez les 65–70 ans et atteint près de 50% chez les plus de 70 ans, rapporte le
«Luzerner Zeitung». En parallèle, le nombre de retraites anticipées reste globalement stable.
Lancé en 2023, le programme «Silver Expert» s’adresse aux collaborateurs approchant de l’âge de la retraite. Il propose des modèles de travail flexibles, des solutions à temps partiel ainsi que des profils de tâches volontairement allégés ou redéfinis. L’offre est complétée par diverses prestations, telles qu’un abonnement demi-tarif ou un abonnement général pour les transports publics, ainsi qu’un bilan de santé annuel, en fonction du taux d’occupation.
Une structure d'âge en mutation
Les
chiffres du bureau de statistiques lucernois Lustat confirment une transformation marquée de la structure d’âge du corps médical. Alors que la part des médecins de plus de 65 ans ne représentait qu’environ 6% il y a quinze ans, elle atteint aujourd’hui 16%. Autrement dit, près d’un médecin sur six continue d’exercer au-delà de l’âge de la retraite.
Seuls 3% des praticiens lucernois interrogés envisagent un départ dans la cinquantaine. Ils sont en revanche bien plus nombreux à prévoir la fin de leur carrière à la fin de la soixantaine, voire au-delà: plus d’un cinquième d’entre eux se projettent même dans une activité après 70 ans. Le phénomène est particulièrement marqué chez les médecins exerçant en cabinet.
La médecine, un métier-passion
L’un des moteurs essentiels de cette évolution semble résider dans la forte identification à la profession. Pour nombre de praticiens interrogés, l’exercice de la médecine constitue bien plus qu’un emploi: il fait partie intégrante de leur identité, voire s'apparente à une passion personnelle. Les données laissent toutefois apparaître une autre réalité: celles et ceux qui envisagent de quitter la profession plus tôt évoquent fréquemment une charge de travail excessive ou un état d’épuisement.
Sur le plan juridique, la poursuite d'une activité médicale à un âge avancé se révèle parfaitement légale. Le Tribunal fédéral avait ainsi statué en 2025, estimant qu'imposer des limites d'âge fixes pour l'exercice de la médecine n'était pas admissible. Les aptitudes professionnelles et médicales individuelles doivent primer sur l'âge. Les cantons sont toutefois invités à réaliser des évaluations de compétences, une pratique déjà en vigueur dans plusieurs régions.
En 2024, on recensait ainsi 338 médecins de plus de 80 ans encore en activité en Suisse.
En Suisse romande: fin des débats à Neuchâtel
Traduit de l'allemand par Jehanne Picard