Aucun autre pays ne se distingue autant que la Suisse par l’opinion favorable de ses médecins à l’égard de leur système de santé. 90% d’entre eux jugent la performance du système de santé suisse bonne ou très bonne – soit la proportion la plus élevée à l’échelle internationale.
Pourtant, la charge de travail quotidienne dans les cabinets médicaux ne cesse d’augmenter: la part de médecins se déclarant fortement ou très fortement stressés est passée de 30% à 50% depuis 2015.
Ces conclusions proviennent de l’étude
«Médecins de premier recours: situation en Suisse et en comparaison internationale», fondée sur l’«International Health Policy Survey 2025» du Commonwealth Fund. En Suisse, comme dans neuf autres pays, des médecins de famille et des pédiatres ont été interrogés. L’enquête est conduite sous l’égide de l’Office fédéral de la santé publique, et les résultats sont analysés par l’Observatoire suisse de la santé (Obsan).
Structure d'âge déséquilibrée
Le rapport met en évidence un déséquilibre persistant dans la structure d’âge des médecins de premier recours en Suisse. Près de la moitié d’entre eux ont 55 ans ou plus, alors que les moins de 45 ans ne représentent qu’un quart de l’ensemble.
La répartition entre les sexes s’est globalement équilibrée, mais elle varie nettement selon les tranches d’âge: la relève des médecins généralistes est majoritairement féminine, tandis que les hommes restent largement dominants dans les classes d’âge supérieures.
Environ 40% des médecins âgés de 60 à 64 ans prévoient de prendre leur retraite à 65 ans. Cependant, seulement un quart des praticiens de plus de 60 ans ont déjà organisé la succession de leur cabinet.
Paysage médical en mutation
Le paysage des cabinets médicaux a considérablement évolué. Les cabinets de groupe représentent désormais la forme d’organisation la plus courante: en 2025, environ 70% des médecins y exerçaient. Dans huit cas sur dix, ces cabinets appartiennent aux médecins eux-mêmes.
Les cabinets individuels se font plus rares, mais restent plus fréquents parmi les médecins plus âgés ainsi que dans les régions de Suisse romande et du Tessin. Parallèlement, la part des cabinets acceptant de nouveaux patients a régulièrement diminué depuis 2012, pour atteindre environ deux tiers en 2025.
Lourde charge administrative
Les professionnels interrogés identifient les tâches administratives comme la charge la plus importante dans le quotidien des cabinets. Plus des trois quarts des médecins considèrent que les activités liées à la facturation et aux assurances constituent un problème majeur, estimant qu’elles les détournent de leurs autres missions.
En revanche, le travail de coordination avec les spécialistes est beaucoup moins souvent perçu comme une source de pression. À ce sujet, Yvonne Gilli, présidente de la FMH, souligne: «Ce que les médecins de premier recours accomplissent en Suisse est hors du commun. Ils mettent chaque jour leur résistance au stress à rude épreuve et gèrent la situation de soins alors que la pression est intense». Elle avertit toutefois: «la bureaucratie aggrave le manque de personnel qualifié et pèse sur la relation médecin-patient. Un allègement administratif est impératif.»
Santé mentale
Sur le plan clinique, huit médecins sur dix estiment être bien préparés à prendre en charge des patients atteints de maladies chroniques. En revanche, les troubles liés à la consommation de substances sont perçus comme particulièrement complexes à gérer.
D’après les professionnels interrogés, près de la moitié des problèmes de santé traités relèvent de la santé mentale. Les questions sociales, telles que les troubles alimentaires, l’isolement ou la solitude, sont également fréquemment abordées au cabinet.
Numérisation
La Suisse reste à la traîne en matière de numérisation à l'échelle internationale. Moins d'un cinquième des médecins de premier recours sont connectés au dossier électronique du patient, alors qu'environ la moitié d'entre eux prévoit de le faire.
Les consultations ont principalement lieu en personne; les offres par téléphone et surtout par vidéo restent exceptionnelles. De même, les applications de cybersanté et l'utilisation de l'intelligence artificielle ne jouent jusqu'à présent qu'un rôle marginal dans la pratique quotidienne.
Malgré une évaluation élevée du système, le rapport met ainsi en évidence un champ de tensions: si environ 80% des médecins se disent satisfaits de leur activité médicale, ils ne sont toutefois pas plus de la moitié à se déclarer satisfaits de leur charge de travail et de l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Un cinquième d'entre eux estime par ailleurs être menacé ou touché par le burnout.
Rapport de l'Obsan (en allemand, résumé disponible en français):