Expertises AI: une mission délaissée par les hôpitaux

Malgré leur potentiel lucratif, les expertises pour l’assurance-invalidité peinent à séduire les hôpitaux du pays. Décryptage.

, 3 décembre 2025 à 10:26
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Image: Waldemar Brandt / Unsplash
L’assurance-invalidité cherche à élargir le cercle des hôpitaux publics qui réalisent des expertises. Elle espère ainsi améliorer la qualité des évaluations, renforcer leur indépendance et favoriser une meilleure acceptation des conclusions.
Pourtant, l’intérêt des hôpitaux demeure limité. Parmi les raisons invoquées figure le fait que ces expertises ne font pas partie de leur mission principale. Ralf Kocher, responsable du dossier à l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS), le comprend: «Il peut être très difficile de coordonner la disponibilité des différents experts avec les activités d’un hôpital, par exemple les urgences.» Il se peut également que l’indemnisation ne soit pas suffisamment élevée, en particulier pour les spécialistes des disciplines les plus pointues.
Si les hôpitaux se disent en principe disposés à effectuer des expertises, l’exemple des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) montre toutefois que leur organisation interne ne permet pas toujours de mobiliser assez de médecins pour assumer cette activité, souligne Kocher. Le service d’expertise des HUG n’a d’ailleurs réalisé que dix expertises pluridisciplinaires l’année dernière.

Exemple type d'une bonne intégration: Bâle

Actuellement, seuls quatre hôpitaux publics sont actifs en tant que centres d’expertise pour l’AI: outre les HUG, le Centre universitaire de médecine générale et de santé publique de Lausanne, l’Hôpital régional de Bellinzone et l’Hôpital universitaire de Bâle (USB) avec son service d’expertise Asim. Selon Ralf Kocher, ce dernier constitue «l’exemple type d’une très bonne intégration d’un centre d’expertise dans un hôpital universitaire».

L'Hôpital de l'Île a renoncé à son centre d'expertise

Jusqu’à fin 2011, l’Hôpital de l’Île, à Berne, abritait le centre d’expertise médicale Medas. Entre 300 et 600 expertises AI pluridisciplinaires y étaient menées chaque année, rapportant un léger bénéfice à l’établissement. Puis Medas a fermé, officiellement parce que ce type d’activité ne correspondait plus à la mission d’un hôpital universitaire.
En coulisses, la direction craignait aussi les retombées médiatiques – un risque loin d’être théorique: les affaires d’expertises controversées dans des dossiers AI complexes font régulièrement la une.

Pourquoi impliquer davantage les hôpitaux publics?

  • Indépendance: les hôpitaux publics ne dépendent guère économiquement des mandats d’expertise, ce qui réduit les risques de conflits d’intérêts.
  • Lien avec la pratique: les évaluateurs, engagés dans le quotidien clinique, offrent une approche plus ancrée dans la réalité.
  • Connaissances spécialisées: les hôpitaux universitaires et les cliniques très actives ont accès aux dernières avancées médicales et peuvent en tenir compte dans leurs expertises.
  • Large couverture disciplinaire: les hôpitaux disposent d’un vaste panel de spécialités et peuvent solliciter des experts pour des pathologies rares.
  • Promotion de la relève: l’implication dans les expertises favorise la formation de nouveaux experts; la rédaction d’expertises fait partie du cursus des médecins spécialistes.
  • Professionnalisation et image: un volume plus important d’expertises réalisées par des hôpitaux publics contribuerait à professionnaliser la pratique et à renforcer la confiance dans les expertises AI.

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