EPFL: Réparer un ulcère en avalant une pilule

Une innovation lausannoise ouvre la voie à la réparation mini-invasive: une capsule magnétique qui imprime un biogel vivant – directement sur les tissus gastriques endommagés.

, 23 octobre 2025 à 08:54
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Voilà à quoi ressemble la première bio-imprimante ingérable | Image: EFPL, DR
Les lésions des tissus mous du tube digestif, comme les ulcères ou certaines hémorragies, nécessitent aujourd’hui une chirurgie invasive, souvent lourde et imparfaite. Pour y remédier, des scientifiques de l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) ont conçu MEDS (Magnetic Endoluminal Deposition System) – une bio-imprimante ingérable.
  • S. Manoharan et V. Subramanian, «A Pill That Prints-An Ingestible Bioprinter for Non-Invasive Structured Bioink Deposition», dans: «Advanced Science», septembre 2025. DOI: 10.1002/advs.202512411
Ce dispositif de la taille d'une pilule pourrait transformer la chirurgie digestive en ouvrant la voie «à une nouvelle modalité d’intervention médicale non invasive», affirme l'EPFL dans un communiqué.
«En associant les principes des bio-imprimantes in situ aux concepts de libération de médicaments des capsules intelligentes, nous pouvons imaginer une nouvelle classe de dispositifs: une bio-imprimante ingérable de la taille d’une pilule», explique Vivek Subramanian, responsable du Laboratoire des technologies avancées de fabrication à EPFL.

Comment ça marche

MEDS fonctionne comme un stylo à bille miniature: sa pointe à ressort dépose une «bio-encre» – soit un gel biocompatible pouvant contenir des cellules ou des médicaments – directement sur la paroi gastrique.
L’activation se fait sans électronique embarquée: un laser proche infrarouge libère le biogel, tandis qu’un aimant externe monté sur un bras robotisé guide la capsule «comme le guidage d’un joystick», expliquent les chercheurs.
L'équipe a démontré la capacité de MEDS à réparer des ulcères artificiels sur des tissus gastriques simulés et à arrêter une hémorragie expérimentale. Des essais in vivo chez le lapin ont confirmé la faisabilité du système, guidé en temps réel par fluoroscopie, puis récupéré par voie orale.

Vers des réparations mini-invasives

«Dans nos expériences contrôlées en laboratoire, notre bioencre chargée de cellules a conservé son intégrité structurelle pendant plus de 16 jours, ce qui suggère qu’elle pourrait devenir un “microbioréacteur” capable de libérer des facteurs de croissance et de recruter de nouvelles cellules pour la cicatrisation», précise Sanjay Manoharan, premier auteur de l’étude.
L’équipe imagine déjà des applications plus larges, notamment pour la réparation de vaisseaux sanguins ou de tissus abdominaux. MEDS pourrait ainsi ouvrir la voie à une nouvelle génération de traitements non invasifs, où la régénération tissulaire s’effectuerait de l’intérieur, sans chirurgie.

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