À Zurich, l'hôpital pédiatrique allie diététique et médicaments pour lutter contre le cancer

Un régime sans arginine ni proline modifie le métabolisme des cellules neuroblastiques, qui perdent leur capacité à se diviser de manière incontrôlée. Associée au DFMO, cette approche ouvre de nouvelles perspectives en oncologie pédiatrique.

, 30 octobre 2025 à 14:01
image
Une nouvelle lueur d'espoir pour les enfants atteints d'un cancer: certains régimes alimentaires freinent la croissance tumorale | Image symbolique: Adobe Stock
Les neuroblastomes comptent parmi les tumeurs solides les plus fréquentes et les plus agressives chez l’enfant. Ils touchent principalement les moins de cinq ans. Malgré des traitements intensifs, le pronostic demeure défavorable, en particulier pour les formes à haut risque: à long terme, seul un enfant sur deux environ peut être guéri.
Une équipe dirigée par Raphael Morscher de l’Université de Zurich (UZH) et de l’Hôpital universitaire pédiatrique de Zurich (Kispi) a mis au point une nouvelle thérapie combinée. Dans leur étude, les chercheurs ont associé le difluorométhylornithine (DFMO), un médicament récemment autorisé en Suisse, à un régime alimentaire ciblé excluant deux acides aminés: l’arginine et la proline.

Effet du médicament: doublé

Le DFMO inhibe la formation de polyamines, des molécules jouant un rôle clé dans la croissance des cellules tumorales immatures. Les essais précliniques ont montré que l’efficacité du médicament pouvait être plus que doublée lorsqu’un régime sans arginine ni proline était suivi en parallèle.
Selon l’Université de Zurich, ce régime pourrait empêcher la formation des précurseurs de polyamines et ainsi renforcer considérablement l’effet du traitement.

La diététique en oncologie pédiatrique

Les cellules tumorales présentent des caractéristiques métaboliques particulières qui les distinguent des cellules saines. Ces différences peuvent être exploitées de manière ciblée afin d’influencer l’évolution de la maladie grâce à une alimentation adaptée ou à des médicaments agissant sur le métabolisme.
La particularité de cette approche combinée est qu’elle ne vise pas à détruire les cellules tumorales, mais à les reprogrammer. Les cellules cancéreuses perdent leur capacité à se diviser de manière incontrôlée et commencent à se différencier en cellules nerveuses matures, un processus normalement bloqué dans le cas d’un neuroblastome.
«Le traitement entraîne donc non seulement un ralentissement de la croissance tumorale, mais aussi une modification fonctionnelle des cellules cancéreuses», explique Morscher à propos de cette nouvelle approche thérapeutique. Dans les modèles animaux, cela a conduit à un ralentissement significatif de la croissance tumorale, voire à une régression, tout en étant bien toléré.

Une enzyme pour remplacer le régime alimentaire

L’équipe prépare désormais l’application clinique, en collaboration avec des partenaires internationaux de l’Hôpital pédiatrique de Philadelphie et de l’Université de Princeton. «Afin de transposer cette approche innovante dans des études cliniques, nous utilisons une enzyme qui remplace le régime alimentaire chez les enfants. L'objectif est d'offrir à l'avenir aux enfants concernés une nouvelle option thérapeutique plus douce», explique Morscher.
En effet, une restriction aussi spécifique de l’arginine et de la proline serait difficile à appliquer chez l’enfant. Ces deux acides aminés participent à de nombreux processus vitaux – cicatrisation, croissance, fonctionnement du système immunitaire – et se trouvent dans la plupart des sources naturelles de protéines. Une telle intervention ne serait envisageable qu’avec des aliments synthétiques spéciaux et lors d'une prise en charge stationnaire.
  • Cherkaoui et al.: «Reprogramming neuroblastoma by diet-enhanced polyamine depletion», dans: «Nature», septembre 2025.
  • DOI: 10.1038/s41586-025-09564-0

Partager l'article

Loading

Commentaire

Plus d'informations sur ce sujet

image

Accusation de traitement tardif: deux neurochirurgiens acquittés

Accusés d’une prise en charge tardive après un infarctus cérébral, deux anciens neurochirurgiens de l’Hôpital cantonal de Saint-Gall ont été acquittés par le tribunal.

image

Recherche suisse: découverte d'une nouvelle cause de cécité héréditaire

La cause génétique de la rétinite pigmentaire restait incertaine chez de nombreuses personnes. Une étude menée sous la direction de Bâle révèle que des variantes dans cinq gènes ARN peuvent déclencher la maladie.

image

Hausse des dépenses de santé: faut-il incriminer l'offre ou la demande?

Le débat sur les coûts de la santé se concentre depuis plusieurs années sur l'offre. Une nouvelle étude montre toutefois que les préférences et les besoins individuels ont globalement plus d'importance que l'offre en place.

image

Soins intensifs: des différences persistantes entre hommes et femmes en Suisse?

Alors que la médecine hospitalière tend à limiter les traitements intensifs lorsque le bénéfice attendu est faible, des écarts subsistent entre les sexes: les femmes sont moins souvent admises en soins intensifs et se voient plus fréquemment proposer des approches moins invasives.

image

Conservateurs, cancer et diabète: une association vertigineuse?

Plus de 100'000 participants suivis sur 15 ans: deux nouvelles études françaises révèlent plusieurs associations interpellantes entre exposition aux additifs conservateurs et risque de cancer et de diabète de type 2.

image

L'esprit d'équipe encourage les soignants à faire des pauses

Selon une étude américaine, les infirmières qui travaillent dans les soins intensifs font davantage de pauses lorsque la cohésion de l'équipe est forte.

Du même auteur

image

Fribourg: nouveau directeur de la psychiatrie pour personnes âgées

Gianfranco Masdea a été nommé médecin directeur du Secteur de psychiatrie et psychothérapie pour personnes âgées du Réseau fribourgeois de santé mentale (RFSM).

image

Rythme circadien: quand le travail de nuit met le cœur à rude épreuve

Hypertension, diabète, maladies cardiovasculaires: l'American Heart Association appelle à intégrer systématiquement les perturbations du rythme circadien dans l'anamnèse et la prévention.

image

L’OMS change de cap: les injections amincissantes font partie du traitement de l'obésité

Dans une nouvelle ligne directrice, l’Organisation mondiale de la santé se prononce en faveur de l’usage à long terme des médicaments GLP-1 dans la prise en charge de l’obésité. Elle met toutefois en garde contre des pénuries mondiales et appelle à un accès strictement régulé.