À Bâle-Campagne, l'hôpital tourne la page du projet philippin

L'intégration du personnel soignant philippin à l'Hôpital cantonal de Bâle-Campagne prend fin après 18 mois, tandis qu'un projet similaire se déroule avec plus de succès à l'Hôpital cantonal d'Argovie.

, 18 octobre 2025 à 11:26
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Ces infirmières philippines ont dû rentrer dans leur pays, malgré leur volonté de rester en Suisse | Image: Capture d'écran/SRF
L’hôpital cantonal de Bâle-Campagne (KSBL) a mis un terme au projet de collaboration mené avec des équipes infirmières philippines. Cornelius-Monroe Huber, responsable du projet, a ainsi confirmé au programme «SRF Regionaljournal Basel Baselland»: «Nous avons constaté que ce modèle n'était ni viable ni économique.» L'initiative prend ainsi définitivement fin.
Dès le mois de janvier de cette année, il était apparu que l’intégration des professionnels philippins ne se déroulait pas sans difficultés. À l’issue de la période d’essai, l’hôpital s’était même séparé de trois des sept infirmiers et infirmières engagés.
Daniel Simon, président de la section des deux Bâle de l’Association suisse des infirmières et infirmiers (ASI), avait alors rapporté dans l’émission «Schweiz aktuell» des réactions critiques, voire défavorables, du personnel soignant local. Le surcroît de travail lié à l’encadrement des nouvelles recrues pesait sur une équipe déjà fortement sollicitée. Les barrières linguistiques, les processus de documentation des patients et l’utilisation des systèmes informatiques représentaient notamment des défis majeurs.

Pénurie de main-d'œuvre qualifiée

Depuis le printemps 2024, sept infirmiers et infirmières philippins travaillaient au sein de l’établissement. Cette collaboration avait été rendue possible grâce à l’accord bilatéral sur les stagiaires entre la Suisse et les Philippines, qui permet à de jeunes professionnels d’acquérir une expérience à l’étranger. Le KSBL souhaitait ainsi soulager son personnel et lutter contre la pénurie de main-d’œuvre qualifiée.
Malgré leur souhait de rester en Suisse, tous les professionnels ont dû retourner aux Philippines, conformément à l’accord initial. La désillusion est grande pour les personnes concernées.
Edmund Montejo, l'un des soignants, décrit son séjour en Suisse comme un défi: «Nous ne sommes peut-être pas la réponse à la pénurie de personnel, mais nous avons toujours essayé de satisfaire tout le monde», explique-t-il à la «SRF». Montejo était le seul des quatre professionnels philippins à qui l'on avait délivré un diplôme.

Un modèle plus réussi en Argovie

Le recrutement de personnel infirmier étranger ne se déroule pas de la même manière à l'hôpital cantonal d'Aarau (KSA). L'établissement a organisé, dès 2020, un «casting infirmier» en Italie.
Trois ans plus tard, 22 des 32 professionnels recrutés travaillent encore au KSA, soit deux tiers. Dix personnes ont quitté l'établissement; certaines travaillent aujourd'hui dans d'autres hôpitaux suisses. «Nous avons ainsi pu pourvoir une partie de nos postes vacants», explique Isabelle Barton, porte-parole du KSA, à l'«Aargauer Zeitung».
Un processus d’intégration complet serait décisif pour la réussite d’un tel projet, tout comme l’inclusion sociale et la familiarisation avec l’équipe. En revanche, les obstacles administratifs, tels que l’obtention du permis de travail ou l’inscription à la commune, ne poseraient aucun problème.

«Une expérience précieuse»

Bien que le projet ne soit pas reconduit à l’hôpital cantonal de Bâle-Campagne, Dominik Werner, porte-parole du KSBL, en tire, lui aussi, un bilan positif: «Le projet pilote de 18 mois avec le personnel infirmier philippin a été une expérience précieuse pour nous. Les professionnels philippins ont démontré qu'ils avaient une formation solide et qu'ils étaient très compétents sur le plan professionnel. Ils se sont bien intégrés et ont été appréciés par les patientes et les patients.»
  • Selon une étude du cabinet d’audit PwC, il manquera environ 40'000 infirmiers et infirmières en Suisse d’ici 2040. L’Observatoire suisse de la santé (Obsan) prévoit une augmentation des besoins en personnel de 14% dans les hôpitaux, de 19% dans les services d’aide et de soins à domicile, et de 26% dans les EMS d’ici 2029.
  • La Suisse aura du mal à couvrir ses besoins uniquement avec des professionnels issus de l’Union européenne: le personnel qualifié y fait également défaut. La Commission européenne estime que, d’ici 2030, environ sept millions de postes de professionnels de santé resteront vacants dans l’UE.

Comparaison internationale

Une comparaison internationale met en lumière des approches variées: l’Allemagne a réformé l’été dernier sa loi sur l’immigration de personnel qualifié et cherche désormais à recruter des soignants dans le monde entier. Plus de 100 infirmiers et infirmières philippins travaillent aujourd’hui à la Charité de Berlin, et environ 300 à l’hôpital universitaire de Bonn.
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