Lorsque les soignants sont en sous-effectif ou surchargés, le risque d'omettre une étape importante de la prise en charge accroît: c'est là un fait bien connu.
Une étude menée dans les unités de soins intensifs néonatals aux États-Unis met toutefois en évidence un autre facteur de risque: la perception subjective d'une surcharge serait plus fortement associée aux cas de soins non prodigués que la charge de travail objective.
Concrètement, une équipe de chercheurs issus de diverses universités a réalisé une étude observationnelle dans dix unités de soins intensifs en néonatologie, notamment dans celles de la University of North Carolina à Chapel Hill et de l'hôpital John Hopkins de Baltimore. Au total, 11'500 gardes assurées pour près de 1'500 prématurés ont été prises en compte.
Au cours de chaque garde, les infirmiers et infirmières – registered nurses – ont rempli un formulaire évaluant leur perception de la charge de travail. Parallèlement, les données électroniques des patients ont été analysées afin de déterminer les gardes et le personnel assigné à chaque nourrisson; le nombre de nouveau-nés pris en charge par chaque professionnel ainsi que la gravité des cas ont ainsi été relevés.
En outre, les participants à l’étude devaient indiquer s’ils avaient omis d’accomplir certaines tâches essentielles au cours de leur garde, sur la base de 17 mesures prédéfinies.
Sans surprise, le ratio personnel/nourrissons s’est également révélé déterminant: lorsque chaque infirmière avait trois nourrissons à charge, le risque d’omettre au moins une des 17 tâches était nettement plus élevé (différence significative pour 9 des 17 mesures). En revanche, avec un ratio de deux nourrissons par soignant, seules 2 des 17 tâches étaient significativement plus souvent négligées.
Conclusion: la charge de travail ne fait pas tout
Lorsqu’on prend en compte la charge de travail perçue plutôt que la charge objective, un lien inattendu apparaît: une charge subjectivement élevée s’accompagne d’un nombre accru de tâches négligées parmi les 17 mesures de soins observées.
En d’autres termes, les professionnels qui se sentent dépassés omettent nettement plus souvent certaines tâches, indépendamment du nombre réel de nourrissons à leur charge.
Pour conclure, l'étude suggère de ne pas limiter la planification du personnel et l'assurance qualité aux seuls ratios de personnel. La perspective des soignants sur leurs conditions de travail joue également un rôle important. Un simple état de stress peut en effet augmenter le risque de négligence dans la prise en charge, quel que soit le niveau de dotation en personnel.