L’IA peut-elle déceler le stress dans les scanners de routine?

Une équipe de Johns Hopkins a identifié, via un modèle de Deep Learning, un biomarqueur de stress chronique: l'Adrenal Volume Index est apparu corrélé aux taux de cortisol, au stress subjectif et au risque d’insuffisance cardiaque.

, 18 janvier 2026 à 23:30
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Image symbolique: Adobe Stock
Le stress chronique laisse des traces dans l’organisme, qui peuvent désormais être détectées directement par imagerie médicale. Des chercheurs de la Johns Hopkins University School of Medicine ont utilisé l’intelligence artificielle pour identifier un nouveau biomarqueur visible sur les tomodensitométries thoraciques de routine.
Ce biomarqueur repose sur le volume des glandes surrénales, mesuré automatiquement et résumé dans l’indice de volume surrénalien (Adrenal Volume Index, AVI).
Ce nouvel indice est étroitement lié aux hormones du stress, telles que le cortisol, à la charge allostatique – c’est-à-dire le stress chronique subi par l’organisme – ainsi qu’au stress subjectif. Il montre également une association claire avec la survenue ultérieure de maladies cardiovasculaires.
Les résultats ont été présentés lors du congrès annuel de la Radiological Society of North America (RSNA).

Pourquoi les glandes surrénales sont-elles si importantes?

Les glandes surrénales jouent un rôle central dans la réponse de l’organisme au stress, notamment par la production de cortisol. Alors que les mesures ponctuelles de cortisol ne reflètent que l’état de stress à un moment donné, le volume des glandes surrénales semble constituer un indicateur du stress à long terme.
«Pour la première fois, nous pouvons "visualiser" le stress chronique dans l’organisme», explique Shadpour Demehri, de l’Université Johns Hopkins.
Les données de 2'842 participants de l’étude multiethnique sur l’athérosclérose (MESA) ont été analysées. Cette cohorte unique associe l’imagerie par tomodensitométrie à des questionnaires sur le stress, des dosages répétés du cortisol et des paramètres biologiques. Les personnes présentant un AVI plus élevé avaient des taux de cortisol supérieurs, un niveau de stress plus important et des paramètres cardiaques moins favorables.
«Nous avons pu corréler les valeurs d’AVI déterminées par l’IA avec des données de suivi remontant jusqu’à dix ans, ce qui nous a permis d’obtenir des résultats cliniquement significatifs et pertinents», précise l’auteur principal, Shadpour Ghotbi, dans un communiqué.
Chaque augmentation de 1 cm³/m² de l’AVI s’accompagnait d’une élévation du risque d’insuffisance cardiaque et de mortalité. L’indice était également associé à une augmentation de la masse ventriculaire gauche, un facteur de risque bien établi des maladies cardiovasculaires.
Comme ce biomarqueur est extrait de données de scanner déjà disponibles, il pourrait à l’avenir être utilisé sans examens supplémentaires ni exposition accrue aux rayonnements. Les chercheurs y voient un nouvel outil prometteur pour mieux identifier les effets à long terme du stress et mettre en place des stratégies de prévention plus ciblées, en particulier chez les personnes d’âge moyen et avancé.
Vers le communiqué de presse

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