Après plusieurs mois de controverse, le projet de mise en place d’un système informatique clinique unique pour les hôpitaux vaudois a été relancé. Le Tribunal cantonal a validé l’appel d’offres international visant à transformer en profondeur la gestion informatique des soins dans le canton. Ce projet, dont le coût s’annonce colossal, continue de susciter des interrogations quant à son adéquation avec les besoins spécifiques des hôpitaux régionaux.
Émergence d’un litige
En septembre 2024, le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et onze hôpitaux régionaux du canton de Vaud, représentés par la Fédération des hôpitaux vaudois informatique (FHVi), ont lancé un appel d’offres international pour l’acquisition d’un nouveau système informatique clinique commun. Ce système est destiné à remplacer les solutions existantes au cours des prochaines années.
Parmi les critères définis dans l’appel d’offres, le nouveau système doit être capable de couvrir toutes les spécialités hospitalières, notamment l’oncologie adulte et pédiatrique, les urgences, les soins intensifs, la génétique, ainsi que la gestion des blocs opératoires, des transports et des ressources.
La société genevoise Kheops Technologies a rapidement contesté cet appel d’offres, accusant le CHUV d’avoir formulé des critères favorisant le fournisseur américain Epic. Le projet, évalué à 200 millions de francs, a également été jugé disproportionné pour certains établissements régionaux, dont les besoins seraient bien moindres. Un recours a donc été déposé devant le Tribunal cantonal vaudois, suspendant temporairement la procédure.
Décision du Tribunal cantonal
Le 7 janvier 2025, le
Tribunal cantonal a rendu sa décision: le recours est rejeté et l’appel d’offres est confirmé. «Tous les griefs sont rejetés, qu’ils concernent la transparence, l’impartialité, l’économicité ou la préimplication. Nous allons pouvoir relancer l’appel d’offres immédiatement, sans en modifier le contenu», a déclaré Pierre-François Regamey, directeur des systèmes d’information du CHUV, dans les colonnes du journal
«24 heures».
Cependant, des interrogations subsistent quant à la pertinence d’un système unique et coûteux pour l’ensemble des hôpitaux vaudois. Pierrick Gonnet, directeur de Kheops Technologies, s’est exprimé sur le sujet: «Je comprends que le CHUV fixe ses exigences, mais je suis très déçu pour la FHVi, qui se retrouve embarquée dans un projet au coût colossal. Ils vont payer pour quelque chose dont ils n’ont pas besoin.» En réponse, Laurence Boland, directrice générale adjointe à la Direction générale de la santé, a défendu la stratégie : «Une solution commune cantonale est la plus pertinente pour les patients et les professionnels. Une base de données unique garantit la continuité, la coordination et l’efficience des parcours de soins, notamment lorsque plusieurs établissements sont impliqués.»
Et après?
Bien que le Tribunal cantonal ait jugé l’appel d’offres conforme, le recourant dispose de 30 jours pour porter l’affaire devant le Tribunal fédéral. «Nous sommes surpris par cette décision, car de nombreux spécialistes doutent de l’équité de cet appel d’offres», a conclu Pierrick Gonnet, selon le journal vaudois «24 heures».