Epic continue de gagner du terrain en Suisse et atteint le canton de Vaud

Le système d’information clinique américain franchit une nouvelle étape en Suisse: il a été choisi pour équiper le CHUV et onze hôpitaux régionaux.

, 20 novembre 2025 à 12:23
image
Image: Medinside
C’est une nouvelle à laquelle plus d’un s’attendait: le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) a attribué le marché de son futur système d’information clinique (SIC) à l’Américain Epic Systems Corporation. L’annonce, faite jeudi, survient quelques semaines après que le Tribunal fédéral a définitivement rejeté les recours de la société genevoise Kheops Technologies, mettant fin à une procédure judiciaire très suivie.
Dès son lancement, l’appel d’offres avait suscité des critiques, notamment de la part de Kheops. La société accusait le CHUV d’avoir défini des critères favorisant Epic, déjà choisi par plusieurs grands hôpitaux suisses.

Un projet à plus de 100 millions de francs

Lancé en septembre 2024, le projet vise à doter le CHUV et onze hôpitaux régionaux d’un système clinique unique, destiné à remplacer progressivement les solutions existantes. Objectif affiché: couvrir toutes les spécialités hospitalières, de l’oncologie aux urgences, en passant par les soins intensifs, la génétique, les blocs opératoires et la gestion des ressources internes.
L’offre retenue s’élève à un peu plus de 89 millions de francs, avec une maintenance annuelle d’environ 10 millions, facturée selon l’activation des services proposés. Le projet devrait s’étendre sur deux à trois ans après la contractualisation, précise le CHUV, qui rappelle que l’attribution reste conditionnée à l’obtention du budget nécessaire.

Une évaluation impliquant experts et collaborateurs

Selon le CHUV, l’évaluation a mobilisé «plus de 150 expert·e·s métiers» et permis à «plus de 300 collaboratrices et collaborateurs» de découvrir les solutions en lice via des cas d’usage en vidéo, avant de partager leur avis. Ces retours auraient conduit l’institution à identifier «le logiciel Epic comme le plus à même d’assurer une continuité complète de l’information tout au long du parcours patient, tant au sein des établissements qu’entre eux.»
Enfin, le CHUV précise que les données des patients seront «hébergées exclusivement en Suisse».

Des questions toujours ouvertes

Si la décision met fin au contentieux judiciaire, elle soulève néanmoins de nouvelles interrogations. Le choix d’un fournisseur américain, déjà implanté dans plusieurs hôpitaux suisses, remet en lumière les enjeux de souveraineté nationale.
Se pose également la question de la pertinence d’un système aussi complexe et coûteux pour des établissements régionaux aux besoins plus modestes.
L’ergonomie et l’appropriation par le personnel demeurent, enfin, des points cruciaux. Epic a été critiqué pour le temps qu’exige sa prise en main. Allégera-t-il réellement la charge de travail, ou, au contraire, l’alourdira-t-il – et pour combien de temps?

Ailleurs en Suisse

  • Système d'information clinique: l'Hôpital fribourgeois opte pour KISIM de Cistec. L’HFR et le Réseau fribourgeois de santé mentale avaient lancé un appel d'offres pour un système d'information clinique moderne et bilingue: l'offre de la société zurichoise Cistec a été retenue – une première en Suisse romande.
  • Zurich: l’hôpital universitaire investit 95 millions dans le système Epic. L’USZ remplacera quinze applications existantes par le système d’information hospitalier américain, financé sur fonds propres. Son introduction est prévue au plus tôt dans deux ans.
  • À Berne, la plateforme de santé numérique est sous le feu des critiques. Le canton de Berne veut uniformiser les systèmes d'information hospitaliers et privilégie l'américain Epic. Une association suisse remet désormais en question ce projet.
  • Epic pour tous les hôpitaux publics bernois: «Des coûts insoupçonnés». Berne veut équiper ses hôpitaux répertoriés du système d'information clinique Epic. Un critique met en garde: cela serait beaucoup trop cher.
  • Systèmes d'information clinique: KISIM séduit plus qu'Epic. Une enquête menée auprès de médecins suisses révèle des écarts marqués dans l’évaluation des systèmes d’information hospitaliers. Mais plus que le logiciel en lui-même, c’est sa mise en œuvre sur le terrain qui fait la différence.

Partager l'article

Loading

Commentaire

Plus d'informations sur ce sujet

image

«Se fier aveuglément à l'IA peut avoir des conséquences désastreuses»

Les caméras assistées par IA de l’Hôpital universitaire de Zurich alimentent le débat sur la protection des données et la sécurité des patients. L’expert en cybersécurité Marc Ruef en explique les opportunités et les risques. Interview, 2ème partie.

image

Entre standardisation et risque de concentration: à quel point le «boom Epic» est-il sûr?

Epic promet standardisation, efficacité et normes de sécurité élevées. Mais plus un système d'information hospitalier est centralisé et puissant, plus il est attractif pour les hackers, explique Marc Ruef en interview. Première partie.

image

Reprogrammer des cellules pour mieux cibler les tumeurs

Des chercheurs de l’EPFL ont développé des cellules dendritiques modifiées capables de capter, directement dans l’organisme, les antigènes tumoraux. Cette nouvelle approche renforcerait l’activation des lymphocytes T.

image

Une médecin du CHUV prend la vice-présidence de la Swiss Multidisciplinary Obesity Society

Styliani Mantziari, médecin cadre au Service de chirurgie viscérale du Centre hospitalier universitaire vaudois devient vice-présidente de la SMOS.

image

Vaud: les coupes visant les hôpitaux et EMS entérinées au Grand Conseil

Après plusieurs heures de débat, les députés vaudois ont confirmé les coupes visant hôpitaux régionaux, pôles santé et EMS: malgré une offensive soutenue, la gauche n’est pas parvenue à inverser la tendance.

image

À Berne, des parlementaires demandent une enquête sur Epic

Face au manque de transparence du Conseil d’État sur les coûts et les risques liés à l’introduction du système Epic, plusieurs partis exigent désormais l’ouverture d’une enquête parlementaire.

Du même auteur

image

La Société genevoise de pédiatrie réduit ses horaires de garde

Dès février 2026, les pédiatres de la Société genevoise de pédiatrie (SGP) assureront des gardes sur des plages horaires réduites. En cause: les nouveaux tarifs Tardoc.

image

HFR: Robin Martin nommé à la tête de la chirurgie orthopédique

Après douze années passées au CHUV, le spécialiste du genou rejoindra l'Hôpital fribourgeois en tant que médecin chef du Service de chirurgie orthopédique et traumatologie.

image

Gianni Saitta, nouveau directeur du Centre Hospitalier du Valais Romand

Gianni Saitta quittera l’État de Vaud pour rejoindre l’Hôpital du Valais romand. Il succédera, en mai 2026, à Chrystel Carrupt, directrice ad interim depuis le départ de Pierre-Alain Triverio.