À Berne, la plateforme de santé numérique est sous le feu des critiques

Le canton de Berne veut uniformiser les systèmes d'information hospitaliers et privilégie l'américain Epic. Une association suisse remet désormais en question ce projet.

, 19 octobre 2025 à 22:15
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Image : zvg
En juin, le Conseil-exécutif du canton de Berne a mis en consultation un projet de «plateforme de santé numérique» visant à uniformiser les systèmes d'information clinique (SIC) des hôpitaux du canton. Le système du fabricant américain Epic, déjà utilisé par le groupe Insel, a été privilégié. L’Hôpital d’Emmental a également participé à un projet pilote.

Crainte d'une situation de monopole

Dans un communiqué, l’Association suisse pour la santé numérique (ASND) adopte une position critique sur le sujet. Elle met en garde contre le risque d’un effet de verrouillage («lock-in») par le fournisseur, qui pourrait ainsi obtenir une position de monopole grâce au projet de loi.
Les coûts initiaux, encore indéterminés, liés à la migration vers le nouveau système représentent un risque financier supplémentaire. L’association exprime également ses préoccupations concernant la protection des données et la souveraineté numérique: en vertu du Cloud Act, les données des patients pourraient en effet être exposées à l’accès des autorités américaines.
Selon l’ASND, ce projet affaiblit aussi l’autonomie des hôpitaux ainsi que les programmes nationaux tels que le dossier électronique du patient (DEP) et DigiSanté. En résumé, le projet ne s’inscrit pas dans un cadre transparent ni équitable.
L’association demande au canton de définir des normes ouvertes et obligatoires pour les formats de données et les interfaces, afin de préserver l’autonomie des hôpitaux.
Jürg Lindenmann, président de l’ASND, s’exprime en ces termes: «La véritable innovation naît là où l’on coopère sur les normes, mais où l’on se fait concurrence sur les produits. La “voie bernoise” offre la chance non seulement d’éviter une erreur incalculable, mais aussi de positionner le canton de Berne comme précurseur d’un système de santé numérique moderne, proche des citoyens et souverain.»

Sur le même sujet:

  • Epic pour tous les hôpitaux publics bernois: «Des coûts insoupçonnés». Berne veut équiper ses hôpitaux répertoriés du système d'information clinique Epic. Un critique met en garde: cela serait beaucoup trop cher.
  • «De fausses rumeurs»: Berne défend Epic contre les critiques. Bernhard Pulver, président du groupe Insel, dément les rumeurs de dépassements de coûts liés au système d’information Epic et adresse un message de soutien à l’Hôpital universitaire de Zurich (USZ).
  • Un monopole de plusieurs millions pour Epic? IG eHealth critique les plans bernois. Un système informatique unique pour tous les hôpitaux répertoriés – et plus précisément celui utilisé par le groupe Insel: c'est ce que le Conseil d'État bernois veut ancrer dans la loi. Associations et acteurs du secteur s'y opposent.
  • Systèmes d'information clinique: KISIM séduit plus qu'Epic. Une enquête menée auprès de médecins suisses révèle des écarts marqués dans l’évaluation des systèmes d’information hospitaliers. Mais plus que le logiciel en lui-même, c’est sa mise en œuvre sur le terrain qui fait la différence.


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