Sémaglutide: la Suède refuse le remboursement par crainte d’une avalanche de coûts

L’autorité compétente redoute un phénomène de «subventionsglidning»: même limitées à certaines indications, les injections contre l’obésité risqueraient, selon elle, d’être utilisées bien plus largement que prévu.

, 7 mars 2026 à 23:34
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Tentations sucrées dans une boulangerie de Stockholm | Image: Jessica Guzik / Unsplash
Vous vivez en Suède et souhaitez recourir à un agoniste du récepteur GLP-1 pour perdre du poids? Vous devrez en assumer vous-même le coût. L’autorité nationale chargée de l’évaluation des médicaments, la TLV, a en effet décidé d’exclure Wegovy de la liste des traitements pris en charge par le système public dans l’indication de l’obésité.
L’agence invoque avant tout des arguments économiques. Elle redoute notamment un phénomène de «subventionsglidning». Autrement dit, si elles venaient à être remboursé, ces injections destinées à la perte de poids pourraient, à terme, être utilisées bien plus largement que ne le prévoient les critères initiaux.
En clair, même si le remboursement ne concernait au départ qu’un groupe de patients strictement défini, les autorités s’attendent à un élargissement progressif des prescriptions. Selon la TLV, une telle évolution pourrait entraîner une hausse massive des coûts et peser lourdement sur les finances publiques.
Le laboratoire danois Novo Nordisk, fabricant de Wegovy, avait pourtant soumis une demande de remboursement ciblé, limitée à un groupe de patients à haut risque: les personnes souffrant d’obésité sévère et de maladies concomitantes.
Or, même dans ce cas, l’agence suédoise Tandvårds- och läkemedelsförmånsverket (TLV) a émis des réserves. Certes, souligne-t-elle, il ne fait guère de doute que le médicament favorise une perte de poids significative. Toutefois, précise-t-elle, celui-ci étant conçu pour être pris sur une longue durée, les coûts potentiels pour le système de santé pourraient être colossaux.
Cette décision risque de créer un débat bien au-delà des frontières suédoises. Les traitements contre l’obésité fondés sur le GLP-1 sont considérés comme une percée médicale et enregistrent une forte demande dans l’ensemble des pays industrialisés. En parallèle, les inquiétudes grandissent quant à la capacité des systèmes de santé publics à absorber les coûts qu'une consommation massive pourrait engendrer.
Décision de la TLV
Traduit et adapté de l'allemand par Jehanne Picard
  • La carte de l'amincissement: qui mise sur les injections, et qui moins? Les médicaments destinés à la réduction du poids ont le vent en poupe dans toute la Suisse, mais ne rencontrent pas partout le même succès. Dans le Tessin, ils sont utilisés quatre fois plus souvent que dans le canton d'Appenzell.
  • Injections amaigrissantes: les spécialistes appellent à un débat plus sérieux et à plus de respect. Le débat sur les nouvelles thérapies contre l'obésité est en train de déraper, estime la Société suisse d'endocrinologie et de diabétologie. Elle exhorte les politiques, les assureurs et les médecins à traiter le sujet de manière appropriée.
  • L’OMS change de cap: les injections amincissantes font partie du traitement de l'obésité. Dans une nouvelle ligne directrice, l’Organisation mondiale de la santé se prononce en faveur de l’usage à long terme des médicaments GLP-1 dans la prise en charge de l’obésité. Elle met toutefois en garde contre des pénuries mondiales et appelle à un accès strictement régulé.

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