Le sommeil est crucial pour notre santé physique et mentale. Lorsqu’il est perturbé durant des semaines ou des mois, le risque d’infarctus, de diabète, de démence ou de dépression augmente. En parallèle, la performance et la résistance au stress diminuent – avec des répercussions pour les entreprises, les assureurs et le système de santé.
Une
étude publiée dans l’«European Journal of Neurology» a pour la première fois chiffré de manière systématique cette charge dans plusieurs pays européens. Pour la Suisse, le constat est sans équivoque: avec environ
15 milliards de francs par an, elle enregistre les coûts par habitant les plus élevés du continent liés aux troubles du sommeil.
En Suisse, 1,7 million de personnes sont atteintes de troubles du sommeil. Les principales contributions aux coûts totaux proviennent de:
- l’apnée obstructive du sommeil: 8,6 milliards de francs
- l’insomnie: 4,2 milliards de francs
- le syndrome des jambes sans repos: 2,3 milliards de francs
La charge économique comprend à la fois des coûts directs – diagnostics, traitements et prise en charge des complications – et des coûts indirects, notamment les absences pour maladie, la baisse de productivité et l’incapacité de travail de longue durée.
Comparaison européenne
Dans les pays européens à revenu élevé, les coûts totaux des troubles du sommeil sont estimés à 422,9 milliards d’euros, soit environ 3 % du produit intérieur brut cumulé de la région. Les auteurs invitent toutefois à interpréter ce chiffre avec prudence, en raison de possibles doubles comptages.
En valeur absolue, l’Allemagne (106 milliards d’euros), la France (68 milliards), le Royaume-Uni (39 milliards) et l’Italie (36 milliards) supportent les charges sociétales les plus élevées, principalement en raison de la taille de leur population.
Les coûts par habitant varient fortement: de 372 euros en Croatie à 1855 euros en Suisse; la médiane s’établit à 620 euros.
Une maladie à part entière
Les femmes et les personnes âgées sont particulièrement touchées, mais la prévalence augmente aussi chez les actifs plus jeunes. C'est pourquoi
le Réseau Sommeil Suisse exige «une plus grande sensibilisation de la population, une identification précoce des troubles du sommeil ainsi qu’une meilleure coordination entre prévention, diagnostic et traitement».
Au vu de l’ampleur des coûts, le réseau recommande de considérer les troubles du sommeil comme une maladie non transmissible à part entière et de les intégrer dans la stratégie nationale MNT. Une telle intégration ne serait envisageable qu’à partir de 2029 – à condition que la Confédération et les cantons initient le processus dès aujourd'hui.