Près de la moitié des internistes en Suisse se sentent en burn-out

Fatigue, désillusion, surcharge émotionnelle: une vaste enquête menée à l’échelle nationale révèle un malaise profond chez les spécialistes en médecine interne générale.

, 9 juillet 2025 à 00:00
dernière mise à jour le 14 janvier 2026 à 07:50
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Image symbolique: Zaki Ahmed / Unsplash
C’est la première étude de cette ampleur à se pencher sur le bien-être des spécialistes en médecine interne générale en Suisse. Parue cette année dans le «Swiss Medical Weekly», l’enquête met en lumière des signaux préoccupants au sein de cette profession.

Plus de 1'500 répondants

En novembre 2022, un questionnaire a été envoyé aux membres de la Société suisse de médecine interne générale (SSMIG). Résultat: 1'672 spécialistes ont participé, soit 21% des médecins sollicités. Cet échantillon dresse le portrait d’une profession mature (âge médian: 53 ans), avec une représentation féminine significative (44%) et un fort engagement dans le secteur ambulatoire (76%).
Il convient toutefois de noter que la prédominance des réponses issues de la Suisse alémanique (84%) pourrait introduire un biais régional, tandis que le caractère autodéclaré du questionnaire limite certaines interprétations.
  • Villiger R, Beneyto Afonso C, Pulver D, Stalder O, Limacher A, Aujesky D. «Well-being of the Swiss general internal medicine workforce: a nationwide survey», dans: Swiss Med Weekly, avril 2025.
  • doi: 10.57187/s.4073. PMID: 40450736

Plus d’un tiers songe à quitter la pratique

Un tiers des répondants (33%) font état d’une dégradation de leur bien-être, mesuré par l’indice «Physician Well-Being Index». Ce phénomène touche plus particulièrement les femmes et les jeunes praticiens – un constat que les auteurs expliquent notamment par la persistance de déséquilibres dans la répartition des tâches domestiques et par les tensions entre vie professionnelle et vie privée. L’exercice en ambulatoire semble lui aussi associé à une diminution du bien-être.
Les chiffres sont interpellants:
  • Plus de la moitié des répondants (54%) évoquent un sentiment de burn-out, une surcharge de travail et une pression émotionnelle intense.
  • Plus d’un tiers (36%) déclarent avoir songé à quitter la pratique clinique.
  • Un quart rapportent des sentiments dépressifs ou de désespoir.
  • Un médecin sur vingt (5%) admet avoir récemment eu des pensées suicidaires.
  • Un tiers estiment que leur santé physique affecte leur capacité à exercer.
  • Près d’un répondant sur cinq (17%) déclare qu’il ne referait probablement pas le même choix de carrière.
Derrière ces chiffres transparaît une fragilisation silencieuse du lien humain: deux médecins sur cinq craignent de devenir plus «durs» émotionnellement.

Facteurs de fragilisation

Une analyse multivariée a permis d’isoler les facteurs qui pèsent le plus: journées trop longues, trop peu de tâches gratifiantes, pression administrative, insatisfaction avec son niveau de salaire. Le tout dans un contexte de vieillissement du corps médical et de difficultés à recruter dans les soins de premiers recours.
Or, la médecine interne générale constitue l’un des piliers du système de santé helvétique. Et les femmes représentent désormais près de 60% des médecins en formation dans cette spécialité.
Sans céder à la dramatisation, l’étude pointe un enjeu stratégique: comment garantir un système de santé durable si ceux qui le font vivre s’épuisent? Les auteurs appellent à repenser l’organisation du travail médical, pour prendre soin de ceux qui soignent.
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