Numerus clausus, numerus apertus: en France, bientôt plus de numerus du tout?

Le ministre français de la Santé appelle à supprimer ce qu’il reste du numerus. En cause: des étudiants à récupérer partis étudier la médecine à l’étranger, et une pénurie de médecins à combler.

, 24 mars 2025 à 16:06
image
Image: Annie Spratt/Unsplash
En France, la formation en médecine a récemment changé de logique d’admission: le numerus clausus a laissé place au numerus apertus, censé mieux refléter les besoins en professionnels de santé. Ce système permet d’admettre les étudiants en deuxième année de médecine en fonction des capacités d’accueil des organismes de formation.
Or, ce numerus apertus «est encore beaucoup trop restrictif», estime Yannick Neuder, ministre français de la Santé et de l’Accès aux soins, qui appelle désormais à «supprimer le restant de numerus».
Yannick Neuder entend ainsi le faire disparaître par une proposition de loi qu’il avait déjà déposée en tant que député en 2023. Si le texte a bien été voté par l’Assemblée nationale cette même année, il n’a toutefois pas été examiné par le Sénat. Cet examen est désormais prévu pour le mois de mai 2025.

«Récupérer nos étudiants»

L’objectif pour le ministre est de «récupérer nos étudiants français qui sont partis en Roumanie, en Espagne, en Belgique», des étudiants partis étudier la médecine, affirme-t-il sur «Franceinfo». Et d’ajouter: «Au 2 novembre 2026, on aura 3'700 docteurs juniors de plus chaque année.» Il entend ainsi répondre à la pénurie de médecins qui touche la France.
Mais la question dépasse largement ce seul enjeu: les dispositions de cette proposition de loi, également destinées aux praticiens diplômés hors de l’Union européenne (Padhue), devraient selon le ministre permettre d’augmenter le nombre de médecins de 1'600 par an, en les faisant «sortir d’un statut de précarité».
Yannick Neuder alerte toutefois sur les conséquences pour d’autres pays: la France ne devrait pas puiser dans les ressources en personnel médical d’États étrangers au point de les appauvrir.
En poste depuis six ans et toujours pas régularisé. En France, près de 300 médecins diplômés hors Union européenne entament une grève de la faim pour dénoncer leurs conditions salariales et des régularisations qui tardent.

Un débat d'actualité en Suisse

Entre 2002 et la fin de l'année 2024, ils sont quelque 2'200 Suisses ont fait reconnaître par la Commission des professions médicales un diplôme de médecine humaine obtenu dans un État de l'UE ou de l'AELE.
À noter que la majorité des citoyens suisses ayant suivi une formation à l'étranger depuis 2002 et souhaitant ensuite travailler en Suisse ont obtenu leur diplôme dans un pays voisin: 880 diplômes provenaient d'Allemagne, 425 d'Italie, 265 de France, 110 d'Autriche, ou encore 105 de Roumanie – diplômes présentés ensuite à la Commission des professions médicales.
Néanmoins, la reconnaissance d'un diplôme de l'UE ou de l'AELE ne signifie pas nécessairement que son titulaire exerce ensuite en Suisse en tant que médecin. Quant au nombre de ces 2'200 personnes souhaitant obtenir une autorisation cantonale d'exercer, il n'est pas connu du Conseil fédéral.
Médecine à l'étranger: chaque année, une centaine de Suisses font reconnaître leur diplôme. Depuis 2002, environ 2'200 Suisses ont obtenu leur diplôme de médecine à l’étranger avant de le faire reconnaître en Suisse. Tous des «réfugiés du numerus clausus»? Pas nécessairement.

Partager l'article

Loading

Commentaire

Plus d'informations sur ce sujet

image

Recours contre l’ISFM: la relève médicale perd patience

Confrontée à des délais dépassant toujours 12 mois, l’Association Relève Médicale Suisse a saisi le Tribunal administratif fédéral pour «retard injustifié» dans l’octroi des titres de spécialiste.

image

L'Imad et Hirslanden s'associent autour de la formation infirmière en oncologie

Dans un contexte où l’ambulatoire gagne du terrain, l’Institution genevoise de maintien à domicile et la Clinique des Grangettes allient leurs expertises pour renforcer la formation infirmière en oncologie.

image

Octroi des titres de spécialiste: l'ISFM et la FMH annoncent des mesures

Une cellule de crise commune à l'ISFM et à la FMH doit permettre d'accélérer l'octroi des titres de spécialiste: le personnel sera renforcé et l'évaluation des dossiers sera, à l'avenir, en partie automatisée.

image

4 institutions. 1 centre. Un nouveau modèle de formation.

Hôpital simulé, conditions d’apprentissage proches du réel, collaboration interprofessionnelle… À Lausanne, le CHUV, l’UNIL, HESAV et La Source s’associent pour donner vie au C4, le Centre coordonné de compétences cliniques.

image

Retour des stages aide-soignant, IA, esprit critique: Genève veut repenser la formation médicale

La Faculté de médecine de l'UNIGE engage plusieurs réformes de son enseignement. Objectif: mieux répondre aux défis d’un monde médical en mutation, de l’intelligence artificielle à la crise du sens professionnel.

image

Deux lettres ouvertes en un mois: les médecins perdent patience

Après une réunion infructueuse sur l'embouteillage à l'ISFM, l'ASMAC adresse de vives critiques à la direction de la FMH. L'association exige des mesures d'urgence rapides et estime qu'en l'absence de celles-ci, la Confédération doit intervenir.

Du même auteur

image

Frédéric Erard rejoint la Commission nationale d’éthique en médecine humaine

La Suisse romande renforce sa présence au sein de la CNE avec la nomination de Frédéric Erard, professeur à l’Université de Lausanne et cofondateur du Lab’ Santé et Droit.

image

Après près de 30 ans aux HUG, Alain Gervaix rejoint l'Hôpital américain de Paris

Alain Gervaix quitte finalement les Hôpitaux universitaires de Genève pour la capitale française, où il prend la tête de l’Unité de pédiatrie de l’Hôpital américain.

image

Hôpital du Valais: nouveau médecin-chef en chirurgie générale

Médecin au Centre hospitalier du Valais romand depuis 2018, Ian Fournier devient médecin-chef en chirurgie générale et bras droit de Boumediene Guendil, chef du Service.