Moins de cheffes que dans le milieu des banques et des assurances

Les femmes restent particulièrement sous-représentées à la tête des hôpitaux. Comparativement à d'autres secteurs, le corps médical présente le «plafond de verre» le plus difficile à franchir.

, 10 septembre 2025 à 09:13
image
Radiologue à l'hôpital cantonal d'Argovie – les femmes demeurent rares aux postes de médecin-chef(fe) en Suisse | Image: KSA
Dans les hôpitaux suisses, les hommes continuent de représenter la majorité des médecins-chefs. Les femmes occupant des postes à haute responsabilité restent l’exception. C’est ce que révèle le nouveau Glass Ceiling Index de l’Université de Saint-Gall, qui sera rendu public à la mi-septembre.
Avec une valeur de 4,8, le corps médical se classe dernier dans la comparaison des secteurs d’activité, derrière les assurances (3,4) et les banques (2,6).
L’indice mesure le rapport entre la répartition des sexes dans l’ensemble du personnel et celle observée dans l’encadrement intermédiaire et supérieur. Une valeur de 1 correspondrait à une égalité parfaite. À titre de comparaison, l’indice est de 1,2 dans l’industrie technologique.
Dans les hôpitaux, le plafond de verre semble donc particulièrement difficile à briser. «Les femmes sont encore bien représentées dans les postes de direction inférieurs, mais ensuite, une rupture se produit quelque part. Elles n’arrivent plus à progresser», explique Ines Hartmann, coauteure de l’étude, dans l’émission «Echo der Zeit» de la SRF. «C’est ce qu’on peut qualifier de plafond de verre: on ne voit pas à quoi cela est dû.»

«Culture de la peur et opportunités manquées»

Plusieurs femmes médecins, souhaitant rester anonymes, ont témoigné sur les ondes de la Radio SRF. Elles dénoncent une culture de la peur, une pression considérable et une concurrence acharnée, en particulier dans les hôpitaux universitaires.
À cela s’ajoute la structure même des hôpitaux, qui offrent relativement peu de postes de direction. «Le processus de promotion est d’autant plus décisif», souligne Hartmann. Souvent, ce sont ceux qui sont là depuis longtemps et qui font preuve de loyauté qui accèdent aux postes supérieurs, «pas forcément les personnes les plus qualifiées».

Promotion ciblée

Daniela Zeller-Simmerl, cofondatrice de la nouvelle association des femmes médecins-cheffes (Cmws), identifie encore d’autres obstacles. «Du fait d’un certain conditionnement social, les femmes ont souvent moins confiance en elles et devraient donc être encouragées de manière ciblée.» Forte de son expérience personnelle, elle connaît les barrières auxquelles se heurtent les femmes dans un milieu encore largement dominé par les hommes et s’engage résolument en faveur de la relève féminine.
La transparence dans l’attribution des postes à haute responsabilité est essentielle, insiste Zeller: «Il faut des procédures claires et compréhensibles, ainsi que davantage de modèles visibles montrant qu’une position de cheffe est accessible.» Des modèles flexibles, comme le job sharing, pourraient également favoriser l’accès des femmes à des postes de direction.
L’association des femmes médecins-cheffes, fondée l’année dernière, entend faire entendre sa voix tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du corps médical. En tant que section de Medical Women Switzerland – créée il y a 102 ans –, elle mise sur le réseau, l’égalité salariale, la promotion de la relève, la transparence des nominations et le soutien mutuel.

Première médecin-cheffe: il y a plus de 100 ans

Il y a plus d’un siècle, une femme occupait déjà un poste de médecin-cheffe. En 1919, Hélène Kloss prit la direction de l’Institut de pathologie de Lucerne, face à trois concurrents masculins. Elle s’imposa grâce à ses compétences et à son expérience, bien que son sexe fût alors considéré comme un «obstacle».
Kloss resta en poste jusqu’en 1947, développa l’institut et réalisa notamment, en 1935, l’autopsie de la reine Astrid de Belgique, décédée dans un accident de voiture à Küssnacht.
Partager l'article

Loading

Commentaire

Plus d'informations sur ce sujet

image

Là où les équipes soignantes sont fortes, les médecins s’épuisent moins

Selon une vaste étude internationale, les médecins sont moins épuisés et plus enclins à rester en poste lorsque les équipes infirmières sont suffisamment dotées et que le climat de travail soutient la pratique clinique.

image

Diriger, soigner, inspirer: la SSMIG veut accompagner les futurs chefs de clinique

Entre management, coordination d'équipe et exigences cliniques, les chefs de clinique endossent un rôle résolument transversal. Pour accompagner cette transition décisive, la Société suisse de médecine interne générale présente un nouveau guide pratique.

image

Les smartwatches rendraient les médecins plus résistants

Une récente étude livre des résultats surprenants: les médecins qui suivent leurs données de santé grâce à une montre connectée voient leur risque de burnout diminuer et leur résilience se renforcer.

image

Des postes de médecins vacants pendant près de deux mois

Grâce à un nouvel outil d’analyse, l’Obsan met en lumière plusieurs évolutions marquantes du corps médical: le nombre de postes vacants est en augmentation et plus de 30% des cabinets de médecine générale refusent de nouveaux patients.

image

«Je ne veux pas de jeux de pouvoir, je veux simplement faire du bon travail»

En Suisse, peu de femmes médecins accèdent à des postes de direction. Sibyl Schädeli, experte en leadership, analyse les structures de pouvoir qui les freinent et explique pourquoi la médecine a plus que jamais besoin d'un leadership au féminin.

image

Médecins en attente de titre ISFM: accord confirmé aux HUG

Adaptation salariale, droit aux vacances, durée contractuelle: l’AMIG et les Hôpitaux universitaires de Genève ont convenu d'une mesure transitoire pour les chefs et cheffes de clinique en attente de titre.

Du même auteur

image

Don du sang: la Suisse assouplit les règles pour les donneurs

Dès le début du mois de février, davantage de personnes pourront donner leur sang en Suisse – notamment celles ayant déjà été transfusées, ayant séjourné longtemps en Grande-Bretagne ou ayant subi certaines interventions médicales.

image

Implant discal défectueux: ouverture du procès

Le procès d'un chirurgien bernois a débuté lundi dans la capitale. Au cœur de la procédure: des lésions corporelles graves suite à la pose d'implants défectueux.

image

Les salaires suisses attirent les soignants – les patients allemands en paient le prix

Nombre d'infirmiers des régions frontalières sont attirés par la Suisse. Ce phénomène n’est pas sans conséquences: une étude révèle aujourd'hui que la mortalité dans les hôpitaux allemands concernés augmente.