Vingt-cinq patients sur 1'000 repassent sur la table d'opération dans les deux ans. Dans les meilleurs hôpitaux, ils ne sont que neuf. Pour Andri Silberschmidt, conseiller national PRD, ces chiffres en disent long sur les écarts de qualité qui persistent en Suisse.
Pourtant, souligne-t-il, l’excellence ne paie pas: le tarif remboursé reste le même, quelle que soit la qualité de l’intervention. Autrement dit, un hôpital très performant est rémunéré comme un autre aux résultats plus modestes.
Des tarifs basés sur la qualité
Andri Silberschmidt a tenu ces propos lors de la session d’été de l’an dernier, alors que le débat sur des tarifs hospitaliers volontaires liés à la qualité battait son plein. Une motion du groupe radical-libéral chargeait le Conseil fédéral d'élaborer un projet permettant aux hôpitaux et aux assureurs de convenir, sur une base facultative, de tarifs indexés sur la qualité des prestations.
«Difficile à mettre en œuvre»
Le Conseil des États s'apprête à se prononcer. Si la chambre suit la recommandation de sa commission consultative, elle rejettera la motion et validera ainsi la position du Conseil fédéral.
Pour la majorité de la commission, les tarifs liés à la qualité sont difficiles à mettre en œuvre et ne s'accordent que partiellement avec le cadre de l'assurance maladie sociale.
Vers une nouvelle hausse des primes?
«Avec des tarifs liés à la qualité, les hôpitaux les plus performants toucheraient des rémunérations supérieures. Mais cela impliquerait que les patients et l’assurance obligatoire des soins paient davantage pour en bénéficier», explique la commission.
Cette dernière met également en garde contre le risque d'une hausse des primes et rappelle un autre point sensible: tous les patients ne pourraient pas se permettre de payer davantage, ce qui pourrait paradoxalement nuire à la qualité des soins.
Ce qu'en disent les assureurs maladie
L’association des caisses-maladie Prio.Swiss se dit favorable à des mesures visant à renforcer la qualité des soins et soutient donc l’introduction de tarifs hospitaliers liés à la qualité, sur une base volontaire, précise-t-elle dans sa lettre de session.
De son côté, l’assureur-maladie Helsana rappelle dans son bulletin que les acteurs du système de santé suisse s’intéressent à la qualité depuis de nombreuses années. Or, deux points restent inchangés: «Premièrement, nous savons toujours peu de choses sur la qualité effective, et deuxièmement, aujourd'hui encore, la qualité n'a aucune influence sur le prix.»
Une concurrence entre hôpitaux sur ce terrain serait quasi impossible en raison du manque de transparence. Méthodes, valeurs de mesure et résultats sont rarement accessibles, rendant les comparaisons difficiles, voire impraticables.
«Des incitations financières sous la forme de suppléments ou de réductions pourraient accélérer ce processus: les hôpitaux seraient ainsi incités à rendre la qualité mesurable et à se différencier par de bons résultats», conclut Helsana.
Traduit et adapté de l'allemand par Jehanne Picard