Étude: plus de télémédecine = moins de tests inutiles

Les consultations à distance pourraient inciter les médecins à être plus sélectifs en matière de diagnostic: là où la télémédecine est plus développée, certains tests de routine sont moins utilisés. C'est ce que révèlent de nouvelles données provenant des États-Unis.

, 5 mars 2025 à 01:52
dernière mise à jour le 6 novembre 2025 à 10:12
image
Consultation en visioconférence entre une patiente et une soignante | Image: capture d'écran d'une vidéo promotionnelle Care@home, Haute école spécialisée bernoise (BFH)
La télémédecine ne se contente pas de modifier l'accès aux soins médicaux: elle influence aussi, sans doute, la manière d’aborder les diagnostics. Une étude récente révèle en effet que les hôpitaux et cabinets médicaux qui l’utilisent fréquemment réalisent moins de tests à faible valeur ajoutée, c'est-à-dire des examens dont l’utilité reste limitée.
L’étude a été menée par des médecins du Brigham and Women's Hospital à Boston. Sous la direction de l'interniste Ishani Ganguli, une équipe de chercheurs s’est intéressée au lien entre le recours à la télémédecine et la fréquence de divers examens diagnostiques.
Pour ce faire, ils ont analysé les données de plus de deux millions de patients relevant du système américain Medicare, issus de 286 organisations de santé. L’étude a évalué l’utilisation de vingt examens différents, tels que les frottis cervicaux, les ECG de dépistage, les panels métaboliques, les tests de triiodothyronine ou encore l’imagerie pour les douleurs dorsales légères.
  • Ishani Ganguli, Christopher Lim, Nicholas Daley, et al.: «Telemedicine Adoption and Low-Value Care Use and Spending Among Fee-for-Service Medicare Beneficiaries», in: «JAMA Internal Medicine», février 2025.
  • doi: 10.1001/jamainternmed.2024.8354
Les résultats montrent que les établissements ayant davantage recours à la télémédecine pratiquent généralement moins d’examens. Plus précisément, pour sept des vingt tests étudiés, la fréquence était significativement plus faible. En revanche, pour les treize autres tests à faible valeur ajoutée, aucune différence notable n’a été observée.
À première vue, ces résultats peuvent sembler évidents : certains examens habituellement réalisés en cabinet médical sont naturellement moins prescrits à distance. Toutefois, selon les chercheurs, une autre explication est possible: les médecins pratiquant la télémédecine adopteraient une approche plus sélective, en réduisant le recours systématique à certains examens de routine.

La question des coûts

En fin de compte, le résultat était plus favorable, du moins en termes de charge de travail ou de dépenses. Les systèmes de santé qui ont eu recours de manière plus intensive à la télémédecine ont enregistré plus de consultations, tant physiques que virtuelles, sans pour autant que cela se traduise par une utilisation accrue de tests infructueux.
Cette constatation réfute, du moins en partie, l'inquiétude parfois exprimée selon laquelle la télémédecine pourrait en fin de compte conduire à davantage de diagnostics douteux. Il semble plutôt que la télémédecine puisse aider à réduire les examens inefficaces sans détériorer les soins. Ou, comme le formule l'auteur principal, Ishani Ganguli: «Ces résultats donnent aux décideurs la certitude qu'une extension de la couverture de la télémédecine peut présenter des avantages, comme une utilisation réduite et des dépenses moindres pour une série de tests à faible utilité».
Partager l'article

Loading

Commentaire

Plus d'informations sur ce sujet

image

Médecins assistants: davantage de repos, mais un équilibre vie pro–vie perso en berne

Les médecins assistants en Suisse bénéficient, en comparaison européenne, d’un temps de repos relativement important. Pourtant, ils se déclarent particulièrement insatisfaits de leur équilibre vie professionnelle–vie privée.

image

Là où les équipes soignantes sont fortes, les médecins s’épuisent moins

Selon une vaste étude internationale, les médecins sont moins épuisés et plus enclins à rester en poste lorsque les équipes infirmières sont suffisamment dotées et que le climat de travail soutient la pratique clinique.

image

Le Groupement Hospitalier de l'Ouest Lémanique et le Réseau Delta s'allient

Le GHOL et le Réseau Delta s’associent dans le district de Nyon. Leur objectif: bâtir une «Région en Santé» connectant hôpital, médecins, EMS et autres acteurs du territoire.

image

Vers une meilleure prise en charge de la douleur?

Renforcer la communication interprofessionnelle et protéger le temps de consultation sont au cœur du programme PTP des HUG. Une récente étude montre qu'il contribue à améliorer la prise en charge de la douleur chez les patients hospitalisés.

image

Vaccins à ARNm: plusieurs millions de données pour rassurer les sceptiques

Une étude d’ampleur livre des résultats sur la sécurité des vaccins à ARNm contre le Covid-19. Résultat: une baisse significative de la mortalité liée à la maladie, et une surprenante réduction de la mortalité toutes causes confondues.

image

Agenda soins de base: H+ déplore la place accordée aux hôpitaux

L’association des hôpitaux H+ se positionne sur le rapport spécialisé de l’Agenda soins de base: pour elle, le rôle essentiel des hôpitaux et des cliniques n’y est pas suffisamment pris en compte.

Du même auteur

image

Héros et héroïnes du quotidien: sept films poignants sur les soins

Ils visent à motiver, enthousiasmer et créer des liens dans le monde entier autour de la profession infirmière. Ces sept films courts proposent une incursion entre inspiration, réalité et pertinence sociale.

image

Suite à un décès, l’Argovie durcit les règles encadrant les thérapies à la méthadone

Selon une expertise, la pratique actuelle d'autorisation des thérapies à base d'agonistes opioïdes dans les cliniques est contraire au droit fédéral.

image

Comment les hôpitaux tessinois comptent transférer 1’300 cas stationnaires vers l’ambulatoire

L’Ente Ospedaliero Cantonale teste, en collaboration avec la centrale d’achat HSK, un nouveau modèle tarifaire destiné à encourager le transfert d’un nombre significatif d’interventions du secteur stationnaire vers le secteur ambulatoire.