La problématique a récemment été abordée publiquement par les Hôpitaux universitaires de Genève: plusieurs cas de racisme et de xénophobie ont été signalés au sein de l’institution, à l’instar du message haineux découvert en octobre dernier sur la porte du bureau d’Aurélie, alors responsable des soins du Département de réadaptation et gériatrie.
Ce mercredi 18 février, l’établissement publie les résultats d’un sondage mené dans ce même département afin d’en mesurer l’ampleur. Au total, 487 collaboratrices et collaborateurs sur 1'700 – soit près de 29% – ont répondu au questionnaire. Les conclusions sont sans équivoque: elles mettent en lumière «une réalité que nous ne pouvons ni minimiser ni contourner», déclare
Robert Mardini, directeur général des HUG, dans une
publication sur les réseaux sociaux.
Plus de 120 collaborateurs se disent victimes...
Concrètement, un quart des répondants (26,5%) affirment avoir été victimes de racisme. Cette proportion atteint 44% parmi les personnes racisées, contre 19% chez les personnes non racisées; pour ces dernières, la nationalité – dans un contexte marqué par la forte présence de travailleurs transfrontaliers – apparaît comme le principal facteur de discrimination.
...et près d'un sur deux se dit témoin de racisme
Par ailleurs, 44% des participants indiquent avoir assisté à des faits de racisme. Deux personnes sur trois (65%) estiment toutefois que l’environnement professionnel des HUG n’est pas marqué par un racisme systémique.
En outre, 22% du personnel médico-soignant déclare avoir été «témoin de situations où des patientes et patients auraient été victimes de racisme», souligne l’institution dans un
communiqué, ajoutant que «de telles situations peuvent influencer la qualité de la prise en charge, notamment par des stéréotypes ou un manque d’écoute».
Interrogée par la
«RTS»,
Clarisse Di Rosa, responsable de la diversité et de l'inclusion aux HUG, explique que «nous avons pu exclure qu'il s'agissait de cas isolés (...), la réponse doit donc, elle aussi, être globale, collective et structurelle».
Renforcement des mesures
Face à ce constat, la direction rappelle avoir mis en place diverses mesures dès les premiers signalements en 2025, notamment dans le cas concernant Aurélie: deux dénonciations pénales ont été déposées, une dizaine d’entretiens de service ont été menés et des sanctions disciplinaires ont été prononcées. Parallèlement, des ateliers de sensibilisation, une campagne institutionnelle ainsi qu’un programme d’accompagnement renforcé destiné aux cadres et aux équipes ont été déployés.
Les HUG rappellent en outre que les propos et comportements racistes sont susceptibles de poursuites administratives ou pénales et encouragent les victimes à recourir au dispositif de signalement mis à leur disposition.
Parmi les principaux leviers d’action appelés à être renforcés figurent les mécanismes de signalement et de suivi, l’information interne ainsi que les actions de formation. Le sondage devrait par ailleurs être étendu à l’ensemble de l’institution en 2026 «afin de cibler les interventions nécessaires».
Transfert à un autre poste: une «mesure de protection»
Enfin, la direction des HUG revient sur la situation d’Aurélie, alors que plusieurs
mobilisations de soutien ont eu lieu à Genève, dénonçant notamment son transfert vers un autre poste. L’institution justifie cette décision «afin de préserver sa santé, sa sécurité, sa sérénité et celles de toutes les parties impliquées»: un poste équivalent, aux mêmes conditions, lui a été attribué dans un autre département, assorti d’une alternative professionnelle adaptée à sa situation et à ses compétences.
«Cette mesure de protection vise également à garantir la continuité des activités du département et à assurer la qualité des soins. Ces dispositions ont pour objectif de préserver ses droits, son intégrité ainsi que le climat de travail, en vue d’un retour en poste dans un environnement apaisé», précise encore la direction.
Lors de la mobilisation de soutien à Aurélie le 10 février, plusieurs participants ont toutefois vivement contesté cette approche: «En 2026, on peut encore te traiter de nègre et te faire quitter ton travail pour te “protéger”», dénonçait l’un des manifestants.