L'IA en médecine s'avère utile, mais pas nécessairement contre le burn-out

L’espoir de réduire le stress grâce à l’intelligence artificielle est fort. Mais une étude récente montre que son impact reste limité – et qu’elle peut même contribuer à accroître la pression.

, 9 février 2026 à 12:09
image
Image symbolique: Medinside, avec l'outil d'IA Midjourney
C’est un espoir que le secteur nourrit toujours davantage: un recours accru à l’IA signifierait moins de tâches administratives, une pression allégée sur les médecins, davantage de temps libre et de disponibilité pour les patients – et, en définitive, un risque moindre d’épuisement professionnel.
Si certaines études semblent aller dans ce sens, une récente publication souligne toutefois que les preuves sont minces. Rien ne démontre véritablement que l’intelligence artificielle allège la charge de travail; elle pourrait même engendrer un stress accru.
  • Jay R. Parikh, Frank J. Lexa: «Radiologist burnout: AI’s true black box», dans: «European Radiology», janvier 2026.
  • Doi: 10.1007/s00330-025-12278-6
  • Méthodologie: revue systématique comprenant 22 études sur le burnout chez les radiologues et l'utilisation de l'IA. Focalisation sur la charge de travail, la satisfaction, l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée et les facteurs organisationnels.
L'IA allège-t-elle la charge de travail? C’est la question à laquelle se sont intéressées des équipes du MD Anderson Cancer Center, de l’Université du Texas et de l’American College of Radiology, en prenant pour exemple les radiologues.
Leur raisonnement est simple: ces spécialistes présentent un taux d’épuisement professionnel élevé, tandis que l’IA offre un potentiel particulier en radiologie. Le diagnostic automatisé et l’optimisation des flux de travail pourraient remplacer de nombreuses tâches routinières.
L’étude aboutit cependant à une conclusion décevante: Parikh et Lexa n’ont trouvé aucune preuve solide montrant que l’IA réduisait le burnout. Son effet reste une «boîte noire».

Autant de responsabilités, plus d'ambiguïté

Plusieurs enquêtes ont même révélé que l'IA risquait d'accroître le niveau de stress des radiologues.
Comme l'expliquer? Il incombe en effet aux spécialistes de l'imagerie de vérifier, corriger et interpréter tous les résultats. La responsabilité leur revient donc toujours. En outre, les algorithmes restent souvent opaques. La complexité de l'IA, cette «boîte noire», peut accentuer le stress moral et cognitif, conclut l'étude.
L’IA n’apporte pas non plus de solution aux autres contraintes professionnelles: autonomie, équilibre vie professionnelle/vie privée, soutien social ou culture organisationnelle. S’y ajoute le risque que cette technologie soit utilisée pour réduire les effectifs, par exemple en remettant en cause le principe de double lecture des clichés.

Inefficace contre l'isolement

Dans l’ensemble, le soulagement apporté reste limité, et la technologie peut même renforcer l’isolement ou brouiller davantage les frontières entre vie professionnelle et vie privée.
«Malgré l’optimisme suscité par l’utilisation de l’IA en radiologie, son influence sur le risque d’épuisement professionnel reste une "boîte noire" dont les effets définitifs ne sont pas encore prévisibles», conclut prudemment l'étude. «Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déchiffrer cette boîte noire et aider les radiologues à comprendre l’impact réel de cette technologie sur leur bien-être déjà fragilisé.»
Les signaux actuels indiquent toutefois qu’il ne faut pas trop en attendre.
Traduit de l'allemand par Jehanne Picard
Partager l'article

Loading

Commentaire

Plus d'informations sur ce sujet

image

Un robot à quatre pattes pour aider les personnes malvoyantes

Une équipe de l'ETH Zurich a conçu un «robodog» autonome capable d'assister les personnes en situation de handicap visuel. Il se déplace, monte les escaliers et évite les obstacles.

image

Cancer: une IA genevoise anticipe le risque de métastases

Des scientifiques de l’Université de Genève ont mis au point un algorithme capable d’estimer le risque de métastases et de récidive à partir d’analyses génétiques de la tumeur.

image

Les HUG participent à élaborer le futur langage international des données de santé

Les Hôpitaux universitaires de Genève et l’opérateur français PHAST œuvrent au déploiement d’une nouvelle terminologie médicale internationale.

image

L'Hôpital de l'Île distingué à l'international pour son utilisation de l'IA

Le service de neuroradiologie de l'hôpital bernois est le premier établissement Outre-Atlantique récompensé par l'American College of Radiology pour son utilisation structurée et sûre de l'intelligence artificielle.

image

L’IA décrypte le langage du sommeil – et prédit les risques de maladie

Un nouveau modèle d’intelligence artificielle analyse les signaux physiologiques d’une seule nuit de sommeil et permet d’estimer le risque de 130 maladies – des pathologies cardiovasculaires à la démence.

image

640'000 CHF par an? Les salaires Spitex font grincer des dents

Un rapport sur les comptes des entreprises privées d’aide et soins à domicile éclaire d’un jour nouveau les rémunérations du secteur de la santé. En voici quelques chiffres révélateurs.

Du même auteur

image

Sous-diagnostic chronique: la vague Covid a encore des répercussions aujourd'hui

La pandémie a fortement perturbé le dépistage et la prise en charge des maladies chroniques, et ses effets perdurent, révélant de nettes disparités sociales.

image

Les étoiles montantes de la recherche médicale suisse

La Fondation du Prix Pfizer de la Recherche distingue cette année douze jeunes chercheurs des universités et hôpitaux suisses. Les HUG, le CHUV et l’Université de Fribourg figurent parmi les institutions mises à l’honneur.

image

Des tarifs «sans contrôle»: le Tribunal administratif fédéral déboute la FMCH

Le tribunal rejette le recours de la FMCH contre certains forfaits, renforçant ainsi le rôle du Conseil fédéral: l’autorité qui approuve les tarifs a le dernier mot, même si ceux-ci devaient être contraires à la loi.