«Notre rôle est de traduire les besoins métiers des médecins en spécifications techniques»
Lauréat lors du récent «Symposium digital santé» romand, l'Hôpital fribourgeois revient sur sa solution d'optimisation de la rédaction des rapports de consultation, basée sur l'IA.
, 4 février 2026 à 00:00
Image: capture d'écran, HFR
L'Hôpital fribourgeois (HFR) a récemment remporté le prix «Projet avec le plus de potentiel», décerné à Morges lors du «Symposium digital santé». Parmi huit projets innovants fondés sur l’intelligence artificielle et développés en Suisse romande, le projet fribourgeois «Nablo», dédié à l’optimisation de la rédaction des rapports de consultation, a su séduire l’auditoire.
De quoi s'agit-il exactement? Outil numérique interne à l’HFR, Nablo a été développé par la Direction des systèmes d’information (DSI) de l’institution, en étroite collaboration avec des médecins du Service d’orthopédie. Son objectif: automatiser la rédaction des rapports médicaux à partir des consultations, afin de réduire la charge administrative des professionnels.
Le projet est né en 2024 sous l’impulsion de Gianluca Maestretti, médecin-chef ad interim du Service de chirurgie orthopédique, et de Fatos Ramadani, chef de clinique. Tous deux ont exploré les solutions disponibles sur le marché. En parallèle, la DSI a fait appel à un ingénieur en développement logiciel, Jérémie Rossier, afin d’analyser les différentes solutions basées sur l’IA. «Avant même de collaborer, l’ingénieur et les équipes médicales avaient opté pour la même technologie», souligne l’HFR dans un communiqué. Ainsi, Nabla, technologie européenne spécialisée dans la rédaction de rapports de consultation, fut retenue.
Vers une solution sur-mesure
Les acteurs impliqués se sont toutefois rapidement rendu compte de la nécessité de disposer d’une interface sur mesure, capable d’aller au-delà des limites imposées par la technologie européenne. Le projet «Nablo» était né.
«Avec la collaboration de mes collègues de la DSI, j’ai développé l’architecture de Nablo et paramétré les flux de données», explique Jérémie Rossier. Il ajoute: «Notre pôle de développement travaille de manière agile, en étroite collaboration avec les médecins. J’ai tendance à dire que notre rôle consiste à traduire les besoins métiers des médecins en spécifications techniques.»
Opter pour une solution sur mesure apparaît ainsi comme un choix stratégique pour les équipes de l’HFR, afin d’assurer un contrôle total des données, d’intégrer pleinement le logiciel aux systèmes déjà en place et de le faire évoluer en fonction des besoins spécifiques de chaque service. «On faisait le point toutes les deux à trois semaines pour obtenir des retours fréquents du terrain et ne pas avancer à l’aveugle», précise Rossier.
Un outil d'assistance, pas un remplaçant
Si Nablo est perçu comme un puissant outil administratif, il n’est pas conçu pour remplacer le médecin dans ses décisions cliniques. Le logiciel d’IA se limite à capter et à résumer les éléments discutés lors d’une consultation. Le rapport généré peut ensuite être corrigé et validé par le médecin.
L’acceptation de l’outil par les professionnels n’est toutefois pas acquise d’emblée. «Certains services choisissent volontairement de laisser la partie du formulaire dédiée à la rédaction du diagnostic entièrement rédigée par les médecins, notamment à des fins de formation des médecins assistant-e-s», explique l’HFR.
Jusqu’ici, l’utilisation de Nablo au sein du Service d’orthopédie a montré d’excellents résultats. Le projet sera donc déployé progressivement dans d’autres services de l’hôpital. Les services de gynécologie et des urgences pédiatriques doivent en démarrer l’utilisation en ce début de mois de février, tandis que d’autres, comme la diabétologie ou les urgences, se trouvent en «phase de test».
Jusqu’à présent, Nablo a notamment permis de rouvrir la consultation téléphonique des secrétaires, en sous-effectif, en les déchargeant de certaines tâches, tout en réduisant le nombre de lettres en retard. Plus frappant encore, «on observe un gain de plusieurs centaines de milliers de francs par année en coûts de secrétariat externe», conclut Fatos Ramadani dans une vidéo réalisée par l’HFR.