Hypertension: un patient sur trois ne prend jamais sa tension

La mesure de la pression artérielle à domicile, pourtant recommandée par les lignes directrices, s'avère trop contaignante pour un tiers des patients. C'est le résultat d'une étude de cohorte américaine.

, 22 janvier 2026 à 14:51
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Image symbolique: Unsplash
«Prenez votre tension à la maison, matin et soir, pendant une semaine, et notez les valeurs.» Une consigne que les médecins de premier recours formulent chaque jour, mais qui reste souvent sans suite.
  • Ozan Unlu, David Zelle, Christopher P. Cannon, et al.: «Patient Engagement With Home Blood Pressure Monitoring», dans: «JAMA Cardiology», janvier 2026.
  • DOI: 10.1001/jamacardio.2025.5196
C’est ce que montre une étude de cohorte menée au sein du système académique américain Mass General Brigham. Constat sans appel: près d’un tiers des patientes et patients hypertendus n’ont effectué aucune mesure de pression artérielle à domicile. Près de la moitié n’a pas atteint le nombre minimal de mesures recommandé.

Objectif: 28 mesures par semaine

Au total, 3'390 adultes atteints d’hypertension non contrôlée ont été inclus dans un programme de prise en charge télé­médicale. Parmi eux, 1'958 femmes (57,8%). L’âge médian était de 61 ans. Plus de 40% présentaient une maladie cardiovasculaire associée et près de 30% un diabète.
Tous les participants ont reçu un tensiomètre automatique, une formation structurée ainsi qu’un suivi continu assuré par des «navigateurs» de soins. L’objectif était de réaliser 28 mesures par semaine, conformément aux recommandations européennes actuelles (voir encadré).
L’engagement est resté étonnamment faible:
  • 32,7% des participants n’ont documenté aucune mesure
  • 14,3% ont effectué des mesures occasionnelles (1–11 par semaine)
  • 18,2% ont réalisé 12 à 23 mesures
  • 34,8% ont atteint une fréquence élevée (24–28 par semaine)
La mesure à domicile est pourtant considérée comme un pilier du traitement de l’hypertension, les mesures isolées en consultation pouvant être faussées par le stress ou l’effet «blouse blanche». Des analyses antérieures avaient en outre montré qu’une bonne adhésion à la mesure à domicile s’accompagnait d’une baisse significative de la pression artérielle et d’une réduction marquée des événements cardiovasculaires.

Des reccomandations «irréalistes»

Dans la pratique, la mise en œuvre pose toutefois problème. «Les recommandations actuelles exigent des mesures fréquentes et soigneusement chronométrées pour garantir la fiabilité. Mais la réalité de la vie de nombreux patients rend cela souvent irréaliste», affirme l’auteur principal Ozan Unlu.

Recommandations officielles

La European Society of Cardiology recommande le protocole suivant:
À chaque séance, deux mesures (à une à deux minutes d’intervalle); des mesures effectuées deux fois par jour, le matin et le soir, si possible à la même heure et dans un environnement calme, sur au moins trois jours.
Si la moyenne des valeurs dépasse 135/85 mmHg, la mesure doit être poursuivie jusqu’à sept jours. Les données de cette «semaine de mesure» servent ensuite de base à l’évaluation médicale et à l’adaptation du traitement.
Les auteurs plaident dès lors pour des technologies moins contraignantes, comme des dispositifs portables permettant une mesure continue ou passive de la pression artérielle – à l’image des capteurs de glucose utilisés en diabétologie. Plusieurs systèmes sont actuellement en développement ou en cours d’évaluation réglementaire. De futures études devront déterminer s’ils améliorent l’adhésion tout en fournissant des données suffisamment robustes pour guider les décisions cliniques.
Pour les médecins, le message est clair: même avec une infrastructure optimale, l’application des recommandations reste fragile. À l’avenir, la réussite de la prise en charge de l’hypertension dépendra non seulement de l’évidence thérapeutique, mais aussi de l’adéquation des technologies au quotidien des patients.
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