L’établissement bernois avait en effet saisi le Conseil, accusant le magazine d’avoir publié des contre-vérités au sujet de l’une de ses collaboratrices et d’avoir passé sous silence des éléments déterminants pour la compréhension du dossier.
Intitulé «Ménopause: une experte en hormones au service de l’industrie», l’article incriminé reprochait à la directrice du centre de la ménopause de l’Hôpital de l’Île d’avoir présenté le traitement hormonal Veoza contre les bouffées de chaleur comme «théoriquement adapté à toutes les femmes».
L'article en question
La médecin n’aurait pas fait état des controverses entourant cette préparation. Elle aurait notamment passé sous silence certains risques associés aux traitements hormonaux, à savoir le cancer du sein, l’infarctus du myocarde et l’accident vasculaire cérébral, ainsi que le fait que ces hormones ne préviennent ni les fractures ni la démence. L’efficacité du traitement n’aurait, par ailleurs, été évaluée que sur une période de quelques mois.
En outre, la spécialiste exercerait des activités de conseil pour Astellas Pharma, aurait participé à ses études et pris part à une conférence de presse destinée à promouvoir le médicament Veoza.
Selon le médecin de «Gesundheitstipp», l’engagement de la praticienne en faveur de ce traitement relèverait d’une «pure publicité sous couvert de professionnalisme».
Plus loin, l’article présente également la gynécologue comme une experte reconnue. Elle aurait jeté les bases de sa notoriété en 2013 avec la publication d’un ouvrage consacré aux effets des hormones chez les femmes et au mode d’action des traitements correspondants. Le texte cite toutefois une autre praticienne bernoise, nuançant ce succès: «Après un tel succès, on est invité par l’industrie et l’on se voit courtisé – d’abord pour ses compétences. Ensuite, il faut veiller à ne pas être instrumentalisé à des fins de marketing.»
Selon le Groupe Insel, qui a contesté cette présentation auprès du Conseil suisse de la presse, la professeure n’avait perçu de l’entreprise pharmaceutique que des remboursements de frais, à l’exclusion de toute autre rémunération.
«Obsolète et depuis longtemps dépassé»
Par ailleurs, la position critique adoptée par l’auteure à l’égard du traitement hormonal s’appuierait sur une étude datant de 2002 – étude depuis lors largement remise en question par les milieux spécialisés –, ainsi que sur les prises de position d’«experts autoproclamés sans légitimité scientifique reconnue». Les doutes avancés dans l’article seraient ainsi, selon ses détracteurs, dépassés depuis longtemps, même si l’auteure les présente comme des faits établis.
Si le Conseil suisse de la presse a estimé ne pouvoir – ni ne devoir – trancher de telles controverses scientifiques, il a toutefois relevé que l’article minimisait certains éléments déterminants, en particulier en ce qui concerne l’utilité du traitement hormonal de substitution.
«13'100 francs ne constituent pas une vénalité»
Enfin, s’agissant de l’accusation de vénalité suggérée dès le titre de l’article, le Conseil suisse de la presse a estimé que «au vu des 13'100 francs que la doctoresse a reçus en huit ans, selon "Gesundheitstipp", de la part d’entreprises pharmaceutiques pour son travail présumé douteux – soit 1'640 francs par an –, l’allégation de vénalité n’est pas suffisamment étayée».
En conclusion, le Conseil juge que l’article viole le devoir de vérité et minimise des éléments essentiels à la compréhension des faits.
Traduit de l'allemand par Jehanne Picard