Publié le 24 décembre, le nouveau cadre réglementaire de l'exercice infirmier en France a été largement salué par la profession. Vingt ans après le premier décret de 2004, ce texte redéfinit en profondeur le rôle infirmier, lui conférant davantage d'autonomie, un périmètre de compétences élargi et une reconnaissance juridique explicite de pratiques déjà observées sur le terrain.
Consultation, diagnostic, prescription
Le
Conseil national de l’Ordre des infirmiers français salue un décret qui consacre officiellement la consultation et le diagnostic infirmier. Les infirmières et infirmiers pourront désormais prendre en charge directement les patients, initier et évaluer des soins relevant de leur champ de compétences et, dans certains domaines définis, prescrire des produits de santé et des examens complémentaires. Concrètement, il leur sera par exemple possible de poser un diagnostic infirmier, soigner une plaie ou une brûlure sans prescription médicale préalable.
Parmi les mesures emblématiques: la mise en place d'un accès direct infirmier, sans consultation médicale préalable. Testée durant trois ans dans cinq départements, cette alternative du parcours de soins primaires pourra être déployée en établissement comme en ville, au sein de structures coordonnées (hôpitaux, secteur médico-social, maisons ou centres de santé).
Une «reconnaissance réglementaire attendue»
Le texte renforce également les missions d’éducation à la santé, de prévention et d’action communautaire des professionnels des soins, et reconnaît formellement leurs compétences d’orientation des patients. «Il ne s’agit pas d’une nouveauté de terrain, mais d’une reconnaissance réglementaire attendue», souligne le
Syndicat national des professionnels infirmiers.
Autre avancée symbolique: la reconnaissance explicite du soin relationnel comme dimension professionnelle à part entière. «Longtemps relégué à l’implicite, parfois réduit à une “qualité humaine”, il est désormais inscrit comme une dimension professionnelle à part entière», salue le syndicat.
Financement, attractivité, organisation..?
Si la reconnaissance symbolique et juridique est bienvenue, les enjeux pratiques demeurent: quelle rémunération pour ces nouvelles responsabilités? Quelle organisation du travail? Quelle articulation avec la médecine de premier recours?
Deux arrêtés restent notamment à paraître d’ici au 30 juin 2026:
- la liste des actes et soins relevant du rôle propre infirmier,
- l’encadrement de la prescription infirmière.
Vu depuis la Suisse, où de nombreux professionnels français viennent exercer, cette réforme mérite qu'on s'y intéresse: peut-elle contribuer à retenir une main-d'œuvre infirmière très mobile? Offrir une plus grande autonomie, clarifier le cadre réglementaire et valoriser la profession sont des leviers qui, en Suisse également, nourrissent les réflexions sur l'attractivité et la valorisation de la profession.
Reste que ce décret marque, pour la France, un tournant: la traduction réglementaire d’une évolution déjà amorcée dans les pratiques, et un pas supplémentaire vers un modèle où la compétence infirmière occupe une place stratégique dans l’accès aux soins.