Trump s'attaque au paracétamol pendant la grossesse – science ou simple polémique?

Trump met en garde les femmes enceintes contre l'analgésique Tylenol – et déclenche ainsi l'indignation dans le monde entier. Que disent réellement les études scientifiques et les autorités sanitaires des deux côtés de l’Atlantique?

, 24 septembre 2025 à 10:44
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Risque d'autisme? La déclaration de Trump sur le paracétamol suscite un tollé international. Image: istock
Le président américain Donald Trump a déclenché une tempête d'indignation en lançant une mise en garde drastique contre la prise de paracétamol pendant la grossesse. Estimant qu'il y aurait un «risque fortement accru d'autisme», Trump n'a pas hésité à mettre en cause des décennies de pratique médicale.
Lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche, il déclarait ainsi que les femmes enceintes devraient, si possible, renoncer à ce médicament. La même journée, la Food and Drug Administration (FDA) publiait une lettre à destination des médecins, ainsi qu'un communiqué de presse. Dans ce dernier, l'agence revient notamment sur les études observationnelles suggérant un lien entre prise de paracétamol pendant la grossesse et troubles du développement tels que l'autisme ou le TDAH.

La FDA nuance – l’EMA reste prudente

La FDA souligne qu’aucun lien de cause à effet n’a été démontré et que le paracétamol demeure, à ce jour, l’analgésique et antipyrétique le plus sûr pendant la grossesse – notamment en raison des risques connus des alternatives comme l’ibuprofène ou l’aspirine. La lettre recommande cependant d’utiliser la dose efficace la plus faible et sur la durée la plus courte possible, en particulier pour les symptômes bénins tels que fièvre modérée ou douleurs légères.
Parallèlement, l’agence américaine a engagé une révision des notices d’information. Une mention évoquant l’existence d’études observationnelles associant paracétamol et troubles du développement devrait désormais figurer sur les emballages aux États-Unis.
En Europe, l’Agence européenne des médicaments (EMA) se montre plus réservée. Elle rappelle qu’aucune donnée récente ne justifie de modifier les recommandations actuelles: le paracétamol peut continuer à être utilisé pendant la grossesse si cela est médicalement nécessaire. Steffen Thirstrup, directeur scientifique de l’EMA, précise: «Nous n’avons aucune preuve que le paracétamol provoque l’autisme.»

Études: des observations, mais pas de preuves

La mise en garde n’est pas entièrement nouvelle. Une revue systématique de la littérature, publiée dans «BMC Environmental Health» (2025), a passé en revue 46 études et conclu à «une association constante» entre la prise de paracétamol pendant la grossesse et des troubles du développement ultérieurs (autisme, TDAH).
Voir l'analyse de Nature sur le sujet
En revanche, une étude suédoise publiée dans «JAMA» en 2024 et portant sur plus de deux millions d’enfants n’a trouvé aucun lien significatif. À l’heure actuelle, il s’agit donc d’une corrélation observée dans certaines études, mais pas d’une causalité prouvée. Les facteurs génétiques et environnementaux jouent également un rôle majeur dans l’apparition de l’autisme.
Dans une prise de position, Swissmedic souligne qu'il n'existe aucune preuve scientifique d'un lien de causalité entre la prise de paracétamol pendant la grossesse et l'autisme chez les enfants. Le rapport bénéfice/risque reste positif, le paracétamol reste une option appropriée pour traiter la douleur et la fièvre, y compris chez les femmes enceintes. En revanche, les alternatives thérapeutiques pourraient être moins adaptées, en particulier pour les femmes enceintes.
Interrogée par Medinside, la Société suisse de gynécologie et d'obstétrique (SSGO) confirme cette évaluation et estime qu'il n'est pas nécessaire de modifier la pratique actuelle.

Enjeux financiers

La controverse a également des conséquences économiques. L’action de Kenvue, fabricant du Tylenol (paracétamol), a perdu près de 10% de sa valeur après les déclarations de Trump. Par ailleurs, des actions collectives sont déjà en cours aux États-Unis, des parents poursuivant le groupe pour manque d’avertissements.
En parallèle, le débat pourrait ouvrir de nouveaux marchés. La FDA a approuvé l’extension d’indication de la leucovorine (Wellcovorin®, GSK) pour le traitement du déficit en folate cérébral (CFD), une maladie rare associée à des symptômes autistiques.
Seul bémol: les études sur ce médicament restent très limitées. Les premières recherches à petite échelle indiquent que la leucovorine pourrait améliorer le langage, le comportement social et l’irritabilité chez certains enfants autistes présentant des troubles du métabolisme des folates, mais les sociétés savantes soulignent qu’il faut nettement plus de données avant de formuler des recommandations claires. Si le traitement s’avérait efficace pour une partie des patients autistes, il pourrait donner naissance à un marché de plusieurs milliards de dollars.

Conclusion: l'incertitude prime sur la clarté

La mise en garde générale de Trump accentue l’incertitude. Alors que la FDA évoque prudemment des risques possibles, les autorités européennes restent sur leur ligne: le paracétamol demeure le médicament de choix si nécessaire – à faible dose, sur une courte durée et après consultation médicale.

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