Traitement du TDAH: mise au point

Une équipe internationale a passé au crible plus de 200 méta-analyses sur les traitements du TDAH. Si certains médicaments démontrent une efficacité solide à court terme, les données probantes à long terme restent limitées.

, 12 février 2026 à 23:00
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Image symbolique: Unsplash
Les médicaments restent l’option thérapeutique la mieux étayée pour les personnes atteintes de trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), qu’il s’agisse d’enfants ou d’adultes.
  • Corentin J Gosling, Miguel Garcia-Argibay, Michele De Prisco, et al.: «Benefits and harms of ADHD interventions: umbrella review and platform for shared decision making», dans: «British Medical Journal», novembre 2025. DOI: 10.1136/bmj-2025-085875
C’est la conclusion d’une équipe internationale réunissant des chercheurs de l’Université Paris Nanterre, de l’Institut Robert-Debré du Cerveau de l’Enfant et de l’University of Southampton. Leur analyse s’appuie sur plus de 200 méta-analyses.

Les médicaments améliorent les symptômes

Publiée dans le «British Medical Journal», cette étude est considérée comme l’évaluation la plus complète à ce jour de l’ensemble des traitements couramment utilisés dans le TDAH. Ses résultats confirment dans une large mesure les recommandations internationales actuelles.

Substances efficaces chez l’enfant et l’adolescent

  • Méthylphénidate : effets cohérents quel que soit l’évaluateur (clinicien, parent, enseignant), avec un niveau de preuve élevé.
  • Amphétamines (stimulants) : efficaces, avec parfois des effets importants dans les évaluations cliniques; les résultats varient toutefois selon l’évaluateur et le niveau de preuve est parfois plus faible.
  • Atomoxétine (non stimulant) : effets d’ampleur moyenne, niveau de preuve modéré.
  • Agonistes alpha-2 (non stimulants tels que guanfacine et clonidine) : effets modérés à importants, parfois avec un niveau de preuve élevé.
  • Viloxazine (non stimulant): effets faibles à modérés, niveau de preuve modéré.

Substances efficaces chez l’adulte

  • Méthylphénidate
  • Atomoxétine
  • Amphétamines: résultats particulièrement soutenus dans les analyses de sensibilité incluant des études à faible risque de biais.
  • La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) présente également un niveau de preuve modéré pour l’amélioration des symptômes chez l’adulte.
L’ensemble des résultats robustes concerne toutefois des critères d’évaluation à court terme – alors que de nombreux patients sont traités sur des périodes bien plus longues.

Et les thérapies non médicamenteuses?

D’autres approches, comme l’acupuncture, la pleine conscience ou l’activité physique, laissent entrevoir un bénéfice possible. Mais la prudence s'impose: les études disponibles étaient le plus souvent de faible qualité, menées sur de petits échantillons et exposées à un risque élevé de biais.
«Les longues listes d’attente en santé mentale constituent un problème majeur. Des informations erronées sur les traitements peuvent encore compliquer le parcours des patients – notamment lorsque du temps et des ressources sont investis dans des approches non fondées sur des preuves», souligne Corentin Gosling, premier auteur de l’étude.
Des limites similaires concernent les études sur la thérapie cognitivo-comportementale chez l’enfant et l’adolescent, ainsi que les travaux évaluant les effets à long terme de la pleine conscience chez l’adulte.

Un outil interactif

Afin de soutenir les personnes concernées et les professionnels de santé dans leurs décisions thérapeutiques, les chercheurs ont développé un site web interactif en accès libre. La plateforme «EBI-ADHD» (Evidence-Based Interventions for ADHD) présente de manière claire le niveau de preuve scientifique de chaque intervention, sur la base des résultats de la méta-analyse.
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La plateforme «EBI-ADHD».
«Nous savons que les personnes concernées par le TDAH et leurs familles sont souvent déstabilisées par des messages contradictoires sur l’efficacité des traitements», explique le senior auteur Samuele Cortese, de l’University of Southampton. «Nous pensons que cette étude et la plateforme qui l’accompagne constituent actuellement la référence la plus fiable, fondée sur les preuves et accessible.»
Vers la plateforme EBI-ADHD

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