Suivi connecté à domicile: 14 jours d’hospitalisation en moins

Surcharge des hôpitaux, longs séjours… Pour les personnes âgées souffrant de multiples pathologies, la télésurveillance à domicile pourrait devenir un outil clé pour éviter des hospitalisations inutiles. C’est ce que révèle une récente étude.

, 3 octobre 2025 à 12:32
dernière mise à jour le 4 décembre 2025 à 08:56
image
Image symbolique réalisée par IA: Medinside avec Midjourney
Chaque année, près de 40% des personnes âgées de 80 ans et plus sont hospitalisées en France, avec une durée moyenne de séjour de 25 jours et un taux de réadmission pouvant atteindre 30% dans le mois suivant la sortie. Face à ces chiffres préoccupants, une équipe de chercheurs français s’est penchée sur l’impact d’un système de télésurveillance à domicile conçu spécialement pour les patients gériatriques et polypathologiques.
L’étude, récemment publiée dans le «Journal of Medical Internet Research», a porté sur l’utilisation du système EPOCA RPM (télésurveillance à domicile) chez 120 participants âgés en moyenne de 86,8 ans, entre 2022 et 2023. Chaque patient a été suivi 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 via ce dispositif, pendant au moins cinq mois. Leur analyse compare ainsi les données enregistrées un an avant la mise en place du dispositif et celles obtenues après une période de suivi.
Au cœur du dispositif: un bracelet ou un médaillon connecté permettant de transmettre des alertes et des données de santé, ainsi qu'un centre de télésurveillance composé de conseillers formés (infirmiers et médecins) qui contactent les patients et leurs aidants lorsque nécessaire. Des gériatres hospitaliers apportent leur expertise médicale lors de téléconsultations régulières, tandis que des infirmiers libéraux assurent le suivi à domicile.

Hospitalisations quasiment diminuées de moitié

Les résultats sont particulièrement encourageants:
  • depuis l’introduction du dispositif, les taux d’hospitalisation et de consultation aux urgences ont diminué de 48%,
  • et la durée moyenne des séjours hospitaliers a baissé de 63%, soit 14 jours de moins par patient et par an.
Autre résultat frappant: l’impact du dispositif s'est révélé particulièrement positif chez les participants présentant des handicaps sévères ou un déclin cognitif, suggérant qu'un tel système peut être utilisé efficacement chez les patients fragiles lorsqu’il est coordonné avec les services de soins à domicile.
De même, l'acceptabilité du dispositif par les patients et les aidants s'est avérée élevée, avec un taux de désengagement de seulement 2,5%. La télésurveillance semble ainsi, selon les auteurs, pouvoir s'intégrer dans le quotidien des patients, de leurs proches et des professionnels de santé sans générer de contraintes excessives.

Vers de nouvelles recherches

À noter toutefois: l’étude reste observationnelle et rétrospective, avec un échantillon relativement restreint. Les évaluations ayant été réalisées à différentes saisons, les résultats pourraient être influencés par des problèmes de santé saisonniers. Par ailleurs, il n'existait pas de groupe témoin recevant des soins classiques pour permettre une comparaison directe.
Les auteurs prévoient donc de lancer cette année un essai contrôlé randomisé à grande échelle afin de confirmer ces résultats. Parallèlement, une étude sur le rapport coût-bénéfice du système sera menée.
Si la télésurveillance ne remplace pas les soignants à domicile, elle semble ainsi permettre d'optimiser la coordination des soins, de réduire les hospitalisations évitables et d'améliorer l'expérience des patients lorsqu'une hospitalisation s'avère nécessaire – notamment en évitant un passage par les urgences avant l'hospitalisation. Cette étude ouvre donc la voie à une nouvelle approche de la prise en charge des personnes âgées polypathologiques, combinant technologie et soins coordonnés à domicile, dans un contexte de surcharge des hôpitaux et de vieillissement de la population.

Et en Suisse?


Partager l'article

Loading

Commentaire

Plus d'informations sur ce sujet

image

Adoption du dossier électronique du patient: Röstigraben à l'œuvre

Fin 2024, moins de 1% de la population suisse disposait d’un DEP. Si celui-ci peine globalement à convaincre, son adoption révèle surtout une nette fracture régionale: la Suisse romande affiche des taux bien supérieurs à ceux observés outre-Sarine.

image

Diagnostiquer une tumeur cérébrale sans biopsie

Une analyse d’ADN tumoral dans le liquide céphalorachidien pourrait permettre de classifier les principales tumeurs cérébrales chez l’enfant. Une avancée soutenue par l’IA, qui pourrait réduire les biopsies invasives.

image

Hôpital du Haut-Valais: nouvelle médecin cheffe de service en médecine intensive

Après près de deux ans à assurer l’intérim, Franca Vasella est officiellement nommée à la tête du Service de médecine intensive du Centre hospitalier du Haut-Valais, à Brig.

image

Prescriptions inadaptées: un enjeu majeur en gériatrie

Les prescriptions médicamenteuses potentiellement inadaptées sont loin de faire exception chez les personnes âgées. Polymédication, antécédents de chutes et sexe féminin figurent parmi les principaux facteurs de risque, selon une vaste étude internationale.

image

Premiers rapatriements de grands brûlés vers la Suisse

Après la catastrophe de Crans-Montana, les premiers patients soignés à l’étranger rejoignent des structures de rééducation en Suisse, dont les capacités d’accueil ont été renforcées.

image

«Je n'interroge jamais l'IA sur un sujet que je ne connais pas du tout»

Au Congrès des médecins de Davos, l’experte en IA Sophie Hundertmark a rappelé que l’intelligence artificielle peut fluidifier le fonctionnement du système de santé – à condition d’en maîtriser les usages et les risques.

Du même auteur

image

Vaud: une structure unique en Europe pour étudier la décomposition des corps

Mieux déterminer l’heure d’un décès, faire progresser l'enquête en cas d’homicide, améliorer la gestion des corps lors de catastrophes: le Swiss Human Institute of Forensic Taphonomy (SHIFT) ouvre un centre de recherche inédit.

image

Suicide: miser sur la recherche pour améliorer la prévention

Un passage à l’acte est parfois précédé d'un SMS, d'un appel, ou d'une lettre. Une étude romande explore aujourd’hui ces signaux afin de mieux comprendre la crise suicidaire et d’affiner les stratégies de prévention.

image

Violences domestiques chez les seniors: Berne s'inspire du modèle romand

Le canton de Berne lance une formation digitale pour aider le personnel des pharmacies à détecter et soutenir les personnes âgées victimes de violences.