Chaque jour, environ trois personnes décèdent par suicide en Suisse. Divers acteurs à travers le territoire se mobilisent afin de renforcer les stratégies de prévention. Une équipe de chercheurs romands s’est ainsi penchée sur les messages laissés avant une tentative de suicide – lettres manuscrites, e-mails, SMS ou encore appels – et sur la possibilité de mieux reconnaître un passage à l’acte à travers ces signaux.
L’enjeu est clair: si une lettre manuscrite est généralement trouvée trop tardivement, un SMS, un message sur les réseaux sociaux ou un appel constituent autant d’opportunités d’intervenir en amont.
L’étude s’appuie sur les données de l’Observatoire romand des tentatives de suicide (ORTS), recueillies entre décembre 2016 et novembre 2019. Elle couvre 2'341 épisodes cliniques impliquant 2'012 patients âgés de 18 ans et plus, pris en charge dans les services d’urgence des hôpitaux de Lausanne, Genève, du Valais et de Neuchâtel. Les informations ont été collectées lors des entretiens cliniques, offrant une vision fine des comportements précédant le geste.
Parmi les formes de messages recensées, les plus fréquentes étaient les déclarations orales (14,3%), les SMS (7,3%), les appels téléphoniques (6,4%) et les lettres manuscrites (5,7%). Il est notamment apparu que:
- Les niveaux d'intentionalité et de sévérité étaient plus élevés dans le cas des lettres manuscrites que pour les autres formes de messages. Les individus laissant une lettre manuscrite étaient plus âgés et plus susceptibles d'avoir une intention suicidaire claire (79,3%) comparé à ceux laissant un message électronique (55,5%), oral (43,4%), ou ne laissant aucun message (48,7%).
- 41% de patients ont communiqué de manière directe avant leur geste, notamment en en parlant à quelqu’un, en appelant un proche, en envoyant un message ou même en se blessant en présence d’autrui. Pour les auteurs, ce constat souligne l’ambivalence profonde qui caractérise souvent la crise suicidaire, entre appel à l’aide et passage à l’acte, et rappelle combien les comportements auto-agressifs s’inscrivent dans une dynamique relationnelle.
Pour les chercheurs, ces résultats plaident en faveur d’une meilleure reconnaissance des signaux précédant un passage à l’acte – message écrit, appel vocal, confidence orale ou publication en ligne. Comprendre la forme que prend ce message, et ce qu’elle dit du degré d’intention, pourrait permettre d'affiner les stratégies de prévention et la prise en charge clinique.
Enfin, de futures recherches, notamment qualitatives, s'avèrent essentielles afin d’analyser le contenu même de ces messages et d’en saisir les nuances.