Premier constat: si la base d’utilisateurs a presque doublé en 2024, on comptait toujours moins de 1% de la population disposant d’un DEP en octobre de la même année. De même, «le fait que plus de 70% des détenteurs n’aient pas octroyé d’autorisation d’accès à un professionnel de santé montre que le DEP n’est pas encore intégré dans le parcours de soins et que cet outil reste donc sous-utilisé», souligne l’Obsan dans son rapport.
Autre résultat: les hommes étaient deux fois plus nombreux que les femmes à avoir ouvert un dossier en octobre 2024, un écart dont les causes restent à éclaircir.
Des prestataires inégalement connectés
Du côté des institutions, la situation varie fortement. Les hôpitaux ont presque tous adopté le DEP et génèrent l’écrasante majorité des documents (93,8%). Environ trois quarts des EMS sont également affiliés.
En revanche, l’intégration reste faible dans le secteur ambulatoire: à peine plus de 10% des pharmacies et des médecins y sont connectés.
À noter à propos des données: la nature agrégée et anonymisée des données ne permet pas d'en vérifier l'exactitude. Ainsi, «une incertitude d’environ 10% sur toutes les analyses des DEP est estimée», rappelle l'Obsan.
Les freins à l’adoption sont multiples. Pour l’Obsan, il s’agit principalement d’obstacles technologiques et organisationnels, d’un manque d’intégration dans les systèmes existants ou encore d’une valeur ajoutée jugée peu perceptible au quotidien. En outre, une connectivité insuffisante entre dossiers et professionnels ne ferait qu’aggraver cette difficulté d’ancrage dans la pratique médicale.
Longueur d'avance en Suisse romande
L’analyse révèle surtout un contraste marqué entre les régions linguistiques. La Suisse romande apparaît nettement plus avancée, portée notamment par la communauté de référence CARA, deuxième communauté de référence comptant le plus de DEP et accessible dans la quasi-totalité des cantons romands.
Pour rappel à propos du DEP: celui-ci est mis en œuvre de manière décentralisée et géré par des communautés et communautés de référence
Neuchâtel (3,1% de la population) et Genève (2,5%) affichent les plus fortes densités d’ouverture. Genève détient même le nombre absolu le plus élevé de DEP, héritage de l’initiative cantonale MonDossierMedical lancée dès 2013. Neuchâtel se distingue aussi par la plus forte progression en 2024, soutenue par un cadre légal favorable.
Suisse alémanique et Tessin: largement en retrait
La couverture des pharmacies demeure faible à l’échelle nationale (13%), mais atteint 45% à Neuchâtel et 28% dans le canton de Vaud, tandis que plusieurs cantons de Suisse centrale restent absents du système.
Même constat chez les médecins: les cantons romands présentent des taux de couverture nettement supérieurs à ceux de Suisse alémanique et du Tessin. Parmi les praticiens installés après 2022 – soumis à l’obligation d’affiliation – la participation atteignait 34% en octobre 2025, avec un écart encore très marqué entre régions.
Ainsi, «les cantons romands sont mieux couverts que ceux de Suisse alémanique et du Tessin. Leur taux de couverture varie entre 26% dans le canton du Jura et 41% dans le canton du Valais», précise l’Obsan. «En revanche, à l’exception d’Obwald et de Zoug (5% chacun) ainsi que des Grisons (3%), le taux de couverture des cantons alémaniques et du Tessin varie entre 0% et 2%.»
Un fossé entre intentions et réalité
Selon l’Observatoire, cette différence s’explique probablement par un accès plus simple aux communautés de référence en Suisse romande, en particulier à CARA, dont l’utilisation est financée par les cantons et gratuite pour les professionnels.
L’Obsan souligne également l'existence d'un fossé entre intentions et réalité: en 2019, près de la moitié des médecins de premier recours envisageaient de rejoindre le DEP dans les trois ans.