Prescriptions inadaptées: un enjeu majeur en gériatrie

Les prescriptions médicamenteuses potentiellement inadaptées sont loin de faire exception chez les personnes âgées. Polymédication, antécédents de chutes et sexe féminin figurent parmi les principaux facteurs de risque, selon une vaste étude internationale.

, 18 février 2026 à 10:51
image
Image: Laurynas Me / Unsplash
Le vieillissement démographique confère une acuité nouvelle à l'enjeu de la prise en charge médicamenteuse des patients multimorbides. Les prescriptions potentiellement inadaptées se multiplient, faisant peser de nouveaux risques sur la santé des patients tout en alourdissant la facture pour le système de soins.
Une question s'impose alors: quelle est l'ampleur de ces «potentially inappropriate prescriptions»? Une récente étude internationale, s'appuyant sur plusieurs bases de données, en a analysé les tendances et les déterminants. Les résultats sont sans équivoque: ce phénomène serait extrêmement courant dans le domaine de la gériatrie.
Plus précisément, les données de 1'045 personnes de plus de 70 ans, présentant au minimum trois maladies chroniques et suivant cinq traitements ou plus, ont été analysées. Ces patients étaient pris en charge dans de larges centres hospitaliers européens, dont l’Hôpital de l'Île (Insel Gruppe) de Berne. L'analyse a permis de recenser, pour chaque patient et sur plusieurs périodes, les médicaments prescrits de l'admission jusqu'à 12 mois après la sortie de l'hôpital. Les auteurs se sont alors penchés sur le bien-fondé ou l'inadéquation de ces prescriptions par rapport aux critères STOPP/START.
Les résultats sont frappants: au moins 88% des patients ont reçu au moins une prescription inadaptée, 63% une prescription potentiellement inappropriée et 72% présentent un oubli potentiel dans leur traitement.
Plusieurs facteurs de risque ont pu être identifiés:
  • hypermédication (plus de 10 médicaments);
  • atteinte cognitive;
  • âge avancé;
  • sexe féminin;
  • antécédents de chutes;
  • plusieurs comorbidités;
Dans l’ensemble, la proportion de prescriptions inappropriées est restée stable pendant la période étudiée, mais de fortes variations sont apparues au niveau individuel. L’usage de neuroleptiques spécifiques a augmenté chez les patients hospitalisés à risque de chute, tandis que l’emploi prolongé de benzodiazépines a diminué. Parallèlement, les cas de sous-médication, en particulier pour les traitements cardiovasculaires, se sont accrus.

Une approche ciblée est essentielle

«Le poids considérable des prescriptions potentiellement inappropriées révèle l’urgence de contrôles médicamenteux plus systématiques et plus structurés chez les personnes multimorbides polymédiquées», notent les chercheurs dans leur «conclusion». Ces vérifications doivent tenir compte aussi bien de la surmédication que de la sous-médication. En ciblant les populations les plus à risque – résidents d’EMS, patients polymédiqués, personnes âgées ou atteintes de troubles cognitifs – et en mettant l’accent sur les prescriptions les plus cliniquement significatives et variables, il est possible de renforcer l’efficacité des interventions.

À (re)lire

  • Antihypertenseurs: le deprescribing chez les personnes très âgées. Chez les résidents d'EMS les plus âgés et les plus fragiles, une réduction progressive des traitements antihypertenseurs peut être envisagée: une récente étude montre que cette stratégie n’est associée ni à une augmentation de la mortalité, ni à un risque accru de chutes.
Traduit de l'allemand par Jehanne Picard
  • pharma
  • prescriptions
  • Gériatrie
  • Recherche
  • Polymédication
Partager l'article

Loading

Commentaire

Plus d'informations sur ce sujet

image

Au-delà de la prévention: l’EPFL explore la possibilité de restaurer la mémoire

Une étude du Brain Mind Institute de Lausanne montre qu’une reprogrammation ciblée de neurones engrammes peut, chez la souris, inverser des troubles mnésiques déjà installés, y compris en cas d’Alzheimer.

image

Génération smartphone – génération stress

Les problèmes psychiques chez les jeunes sont en augmentation. Selon une nouvelle étude à long terme, le smartphone ne joue pas qu'un rôle secondaire dans ce phénomène.

image

Marché pharmaceutique suisse: essor des génériques, innovation en retrait?

La forte progression des génériques et des biosimilaires se poursuit en Suisse, tandis que les thérapies innovantes peinent à suivre le rythme du marché – de quoi interpeller l’industrie.

image

Un chercheur suisse primé pour ses travaux sur la démence

Marc Aurel Busche, de l’Hôpital Felix Platter, se voit décerner le prix Rainwater 2026, l’une des distinctions les plus prestigieuses dans le domaine de la recherche sur la neurodégénérescence, dotée de 200'000 dollars.

image

Sous-diagnostic chronique: la vague Covid a encore des répercussions aujourd'hui

La pandémie a fortement perturbé le dépistage et la prise en charge des maladies chroniques, et ses effets perdurent, révélant de nettes disparités sociales.

image

Le Swiss Personalized Health Network poursuit sa croissance

Cinq hôpitaux cantonaux et le Swiss Cancer Institute mettent désormais leurs données cliniques à disposition pour des projets de recherche intersites en médecine personnalisée.

Du même auteur

image

Ostéopathie: le Tribunal fédéral dénonce le blocage des diplômes étrangers

Selon le Tribunal fédéral, le formalisme de la Croix-Rouge suisse ralentit, voire bloque, la reconnaissance des diplômes étrangers. La Confédération est également dans le viseur.

image

L'IA en médecine s'avère utile, mais pas nécessairement contre le burn-out

L’espoir de réduire le stress grâce à l’intelligence artificielle est fort. Mais une étude récente montre que son impact reste limité – et qu’elle peut même contribuer à accroître la pression.

image

Les étoiles montantes de la recherche médicale suisse

La Fondation du Prix Pfizer de la Recherche distingue cette année douze jeunes chercheurs des universités et hôpitaux suisses. Les HUG, le CHUV et l’Université de Fribourg figurent parmi les institutions mises à l’honneur.