Connaissez-vous la taphonomie humaine? Cette discipline à part entière, à la croisée de la biologie, de la médecine et des sciences forensiques, étudie les processus de décomposition des corps. Si elle reste encore largement méconnue du grand public, elle s'avère essentielle dans de nombreux domaines, notamment pour faire progresser les enquêtes médico-légales.
En Suisse, l’institut national dédié à cette spécialité – le Swiss Human Institute of Forensic Taphonomy (SHIFT) – vient de se doter d’une nouvelle infrastructure de recherche. Rattachée au Centre universitaire romand de médecine légale (CURML), cette plateforme poursuit un objectif clair: produire des données scientifiques susceptibles d’améliorer la résolution d’affaires complexes.
Le canton de Vaud accueille ainsi un centre sécurisé unique en Europe. Sur près de 170 m2, le site comprend un espace extérieur dédié aux recherches, un laboratoire et plusieurs bureaux. Son emplacement exact reste confidentiel. Seule information communiquée: il se situe à l'écart, au bout d’un chemin forestier, précise le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) dans un communiqué.
Affaires médico-légales, catastrophes...
Le SHIFT fonctionne grâce à des dons de corps. Cette démarche «est un acte altruiste et désintéressé, qui permet de faire progresser les connaissances scientifiques et en faire bénéficier les générations présentes et futures», salue le
CURML.
L’observation des processus de décomposition – sur des périodes allant de quatre à neuf mois – fournit des données précieuses: elles permettent notamment d’affiner les estimations du moment du décès, de mieux comprendre les circonstances d’une mort et d’améliorer les diagnostics dans des affaires d’homicide, d’accident de montagne ou de catastrophe.
«Nous allons pouvoir progresser dans les diagnostics concernant les causes et circonstances d’un décès afin d’apporter des réponses plus précises aux acteurs et actrices du monde judiciaire et policier, mais avant tout aux familles endeuillées», souligne Vincent Varlet, responsable du SHIFT et Professeur associé à la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne.
Vue extérieure de la structure
Images: CHUV 2025, par DIAZ Heidi
Vincent Varlet, responsable du SHIFT
En outre, les données récoltées dépassent largement le cadre national. Elles peuvent contribuer à mieux documenter et gérer des crises humanitaires, par exemple en améliorant les protocoles de prise en charge des corps lors d'un conflit, d'une catastrophe de masse ou encore d'une pandémie.
Le biocompostage funéraire, une piste d’avenir
Parmi les divers projets menés dans cet espace figure l’étude du biocompostage funéraire. Le SHIFT entend ainsi proposer ses services «auprès des cantons et communes qui réfléchissent activement aux défis inhérents à la pratique funéraire», précise le CHUV. En effet, ceux-ci sont de plus en plus confrontés à des problématiques liées à la mauvaise décomposition des corps dans les cimetières.
En parallèle, les modes de sépulture actuels – incinérations et inhumations – ne sont pas sans impact sur l'environnement. Le biocompostage funéraire présente ainsi une alternative à explorer.
Former chercheurs et professionnels des soins
Le SHIFT développera également une offre de formation continue destinée aux professionnels des soins funéraires. À cela s’ajoute un volet académique: un Master en sciences de la taphonomie humaine, proposé par la Faculté de biologie et de médecine de l’UNIL sous la direction de Vincent Varlet.
Le Centre universitaire romand de médecine légale (CURML) est né de la fusion des Instituts universitaires de médecine légale de Genève et de Lausanne.
Implanté principalement sur les sites hospitalo-universitaires du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), il regroupe environ 280 collaboratrices et collaborateurs répartis au sein de douze unités spécialisées.
Actif aux niveaux régional, national et international, le SHIFT constitue l’une des unités du CURML.