La tension monte du côté des psychothérapeutes

Des garanties de prise en charge tardives placent les psychothérapeutes face à un dilemme: poursuivre le traitement ou encourir un risque financier.

, 17 février 2026 à 10:03
image
Image symbolique: Unsplash
Le psychothérapeute Alain Fischer* décrit, dans une contribution publiée sur LinkedIn, une situation tendue devenue peu à peu monnaie courante dans la profession: «J’ai actuellement plusieurs patientes et patients en traitement, alors qu’il n’existe plus aucune garantie de prise en charge des coûts.» De nombreuses caisses maladie mettent en effet «des semaines, voire des mois, à répondre».
Cette réalité interpelle et confronte Fischer, comme nombre de ses collègues, à une question essentielle: «Dois-je poursuivre les traitements dans l’espoir que la caisse-maladie finira par payer? Ou devrais-je interrompre la thérapie et orienter les patients vers les urgences ou l’hôpital, ce qui n’est ni indiqué sur le plan professionnel ni viable économiquement?» La frustration est palpable. «Je ne supporterai plus longtemps cette situation», écrit-il. Si le modèle de prescription ne change pas, il devra «se récuser – comme beaucoup d’autres l’ont déjà fait». Son appel s’adresse directement à l’Office fédéral de la santé publique.

Modèle de prescription

Le modèle de prescription régit la psychothérapie psychologique depuis juillet 2022. S’il permet la facturation des prestations à l’assurance obligatoire des soins, une garantie de prise en charge des coûts devient nécessaire à partir de la 31ème séance. En son absence, ou lorsque la décision tarde, les thérapeutes assument le risque financier ou se voient contraints d’interrompre des traitements en cours.
L’ampleur des réactions au sein de la communauté professionnelle laisse penser qu’il ne s’agit pas de situations isolées. «Tu décris un dilemme que beaucoup d’entre nous connaissent et qui est devenu intolérable», écrit un confrère. «Soit nous poursuivons les soins en assumant les risques, soit nous abandonnons les patientes et les patients. Les deux options sont inacceptables.» Un «non collectif à l’immobilisme» s’impose dès lors.

Au-delà d'une simple critique

Le modèle de prescription ne fait pas toutefois uniquement l'objet de critiques. Certains spécialistes soulignent l'utilité, d'un point de vue professionnel, des bilans réguliers. «Je trouve judicieux que nous réfléchissions à intervalles réguliers aux processus thérapeutiques et que nous les consignions dans des rapports — les patientes et les patients en profitent également», peut-on lire dans un commentaire. En revanche, il y a peu de compréhension pour la charge administrative lorsque l'instrument sert en premier lieu à contrôler les coûts: «Cela consume des ressources sans créer de valeur ajoutée tangible.»
👉Pour en savoir plus:
Le modèle de prescription: en théorie clair, en pratique absurde. Depuis juillet 2022, les psychothérapeutes peuvent facturer à leur compte via l'assurance de base. Mais le système privilégie le contrôle pro forma à la confiance et au respect. Un rapport d'expérience.

Des coûts en hausse

Le conflit s'intensifie sur fond de hausse des coûts. Selon l'Office fédéral de la santé publique, les dépenses de l'assurance obligatoire des soins ont augmenté de 5,2% au troisième semestre 2025. Outre les soins à domicile, la psychothérapie psychologique a enregistré une croissance supérieure à la moyenne, avec une hausse de 9,8%.
  • Faut-il dérembourser les psychothérapies? Pour le Conseil fédéral, c'est «non». Les coûts liés à la prise en charge de la psychothérapie ont explosé ces dernières années – une hausse jugée insoutenable par le conseiller national PLR Philippe Nantermod.
*Nom connu de la rédaction.

Traduit de l'allemand par Jehanne Picard
  • assurances
  • psychotherapie
  • Modèle de prescription
Partager l'article

Loading

Commentaire

Plus d'informations sur ce sujet

image

Point tarifaire: Berne maintient pour l'instant sa valeur actuelle

Pour la Société des médecins du canton de Berne, la valeur provisoire du point tarifaire reste à 0,86 franc – inchangée depuis 2013, malgré la récente introduction de Tardoc et des forfaits ambulatoires.

image

Hausse de 160%: les caisses maladie paient près de 4500 francs par assuré

Il y a près de trente ans, lors de l’introduction de l’assurance obligatoire des soins, les dépenses par assuré s’élevaient à environ 1700 francs par an. Depuis, elles ont plus que doublé.

image

Fribourg: nouveau directeur de la psychiatrie pour personnes âgées

Gianfranco Masdea a été nommé médecin directeur du Secteur de psychiatrie et psychothérapie pour personnes âgées du Réseau fribourgeois de santé mentale (RFSM).

image
Contribution invitée de Judith Biberstein

Le modèle de prescription: en théorie clair, en pratique absurde

Depuis juillet 2022, les psychothérapeutes peuvent facturer à leur compte via l'assurance de base. Mais le système privilégie le contrôle pro forma à la confiance et au respect. Un rapport d'expérience.

image

Médecins assistants: davantage de repos, mais un équilibre vie pro–vie perso en berne

Les médecins assistants en Suisse bénéficient, en comparaison européenne, d’un temps de repos relativement important. Pourtant, ils se déclarent particulièrement insatisfaits de leur équilibre vie professionnelle–vie privée.

image

Virage numérique: la Confédération ouvre la voie aux apps santé sur ordonnance

À partir de juillet 2026, les caisses maladie suisses prendront en charge, pour la première fois, des applications numériques. Concrètement, il s’agira de solutions destinées au traitement de la dépression, pouvant être prescrites en complément ou en amont d'une psychothérapie.

Du même auteur

image

Le créateur de la Fondation suisse pour paraplégiques s’est éteint

Guido A. Zäch, à l'origine de la Fondation suisse pour paraplégiques et pionnier de la rééducation intégrale des paralysés médullaires, est décédé le 16 février 2026.

image

Une falsification par IA mène un faux médecin devant le tribunal

En Autriche, un jeune homme a tenté d’intégrer la liste officielle des médecins à l’aide d’un document falsifié par intelligence artificielle. Il encourt jusqu’à deux ans d’emprisonnement.

image

Implants Cadisc-L: peine de prison avec sursis pour un chirurgien bernois

Il aurait insuffisamment informé ses patients des risques et n’aurait pas réagi après le retrait de l’implant du marché: le tribunal régional de Berne-Mittelland a condamné un ancien chirurgien à une peine de 17 mois de prison avec sursis.