Le psychothérapeute Alain Fischer* décrit, dans une contribution publiée sur LinkedIn, une situation tendue devenue peu à peu monnaie courante dans la profession: «J’ai actuellement plusieurs patientes et patients en traitement, alors qu’il n’existe plus aucune garantie de prise en charge des coûts.» De nombreuses caisses maladie mettent en effet «des semaines, voire des mois, à répondre».
Cette réalité interpelle et confronte Fischer, comme nombre de ses collègues, à une question essentielle: «Dois-je poursuivre les traitements dans l’espoir que la caisse-maladie finira par payer? Ou devrais-je interrompre la thérapie et orienter les patients vers les urgences ou l’hôpital, ce qui n’est ni indiqué sur le plan professionnel ni viable économiquement?» La frustration est palpable. «Je ne supporterai plus longtemps cette situation», écrit-il. Si le modèle de prescription ne change pas, il devra «se récuser – comme beaucoup d’autres l’ont déjà fait». Son appel s’adresse directement à l’Office fédéral de la santé publique.
Modèle de prescription
Le modèle de prescription régit la psychothérapie psychologique depuis juillet 2022. S’il permet la facturation des prestations à l’assurance obligatoire des soins, une garantie de prise en charge des coûts devient nécessaire à partir de la 31ème séance. En son absence, ou lorsque la décision tarde, les thérapeutes assument le risque financier ou se voient contraints d’interrompre des traitements en cours.
L’ampleur des réactions au sein de la communauté professionnelle laisse penser qu’il ne s’agit pas de situations isolées. «Tu décris un dilemme que beaucoup d’entre nous connaissent et qui est devenu intolérable», écrit un confrère. «Soit nous poursuivons les soins en assumant les risques, soit nous abandonnons les patientes et les patients. Les deux options sont inacceptables.» Un «non collectif à l’immobilisme» s’impose dès lors.
Au-delà d'une simple critique
Le modèle de prescription ne fait pas toutefois uniquement l'objet de critiques. Certains spécialistes soulignent l'utilité, d'un point de vue professionnel, des bilans réguliers. «Je trouve judicieux que nous réfléchissions à intervalles réguliers aux processus thérapeutiques et que nous les consignions dans des rapports — les patientes et les patients en profitent également», peut-on lire dans un commentaire. En revanche, il y a peu de compréhension pour la charge administrative lorsque l'instrument sert en premier lieu à contrôler les coûts: «Cela consume des ressources sans créer de valeur ajoutée tangible.»
Des coûts en hausse
*Nom connu de la rédaction.
Traduit de l'allemand par Jehanne Picard