Vers des traitements plus précis pour la sclérose en plaques

En ciblant uniquement certaines cellules immunitaires, une équipe de chercheurs genevois et américains espère limiter les effets secondaires liés aux immunosuppresseurs actuels.

, 22 octobre 2025 à 10:40
image
Image: Robina Weermeijer / Unsplash
Peut-on limiter les effets secondaires des traitements contre la sclérose en plaques ? Cette question est au cœur des travaux d'une équipe de recherche de l'Université de Genève (UNIGE) et des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), en collaboration avec l'Université de Pennsylvanie.
En Suisse, environ une personne sur 500 est touchée par cette maladie auto-immune qui s’accompagne progressivement de troubles moteurs, sensitifs, visuels ou encore cognitifs, et qui peut conduire jusqu’au handicap.
En cause: l'action de cellules immunitaires s'attaquant au système nerveux central et provoquant une dégradation irréversible: des lésions de la myéline, membrane qui protège les neurones et permet la transmission des impulsions nerveuses.
Les traitements actuels consistent à bloquer le système immunitaire afin de limiter les dégâts causés. Or, l’utilisation d’immunosuppresseurs présente des risques d'effets secondaires graves, notamment d'infections.

Le rôle du recepteur c-Met

L'équipe de recherche s'est penchée sur une sous-catégorie de cellules immunitaires, détectée chez l'ensemble des 34 participants à l'étude récemment diagnostiqués. Ce sous-type de cellules serait un facteur majeur de l'évolution de la maladie.
Leurs résultats, récemment publiés dans la revue «Annals of Neurology», mettent en évidence la présence de lymphocytes exprimant le récepteur c-Met chez les personnes atteintes de sclérose en plaques. Si ces lymphocytes ne représentent que 5 à 6% des globules blancs dans le liquide céphalorachidien, ils sont pourtant apparus nettement plus susceptibles de provoquer des neuro-inflammations.

Vers une thérapie ciblée

«Ce processus représente une réelle opportunité de développer des traitements capables de cibler uniquement les lymphocytes porteurs du récepteur c-Met, tout en préservant le reste du système immunitaire, indispensable à notre défense contre les infections», explique Patrice Lalive, professeur au Département des neurosciences cliniques et au Département de pathologie et immunologie de l’UNIGE, ainsi que responsable de l’Unité de neuroimmunologie des HUG.
Quant aux prochaines étapes, le chercheur reste prudent mais ambitieux: «Reste à déterminer si cette approche suffira à freiner la progression de la maladie. C’est ce que nous voulons désormais vérifier, en identifiant des molécules capables de cibler spécifiquement c-Met.»
Le cap est donc fixé: concevoir des thérapies plus sélectives, qui réduisent les effets secondaires sans compromettre l’efficacité du traitement.
  • Gautier Breville, Mahdia Benkhoucha, Ayman Rezk, Ngoc Lan Tran, Isis Senoner, Amit Bar-Or, Patrice H. Lalive, «Pro-Inflammatory c-Met+ CD4 T Cells in Multiple Sclerosis», dans «Annals of Neurology», september 2025
  • DOI: 10.1002/ana.78035

Partager l'article

Loading

Commentaire

Plus d'informations sur ce sujet

image

HFR: Robin Martin nommé à la tête de la chirurgie orthopédique

Après douze années passées au CHUV, le spécialiste du genou rejoindra l'Hôpital fribourgeois en tant que médecin chef du Service de chirurgie orthopédique et traumatologie.

image

Accusation de traitement tardif: deux neurochirurgiens acquittés

Accusés d’une prise en charge tardive après un infarctus cérébral, deux anciens neurochirurgiens de l’Hôpital cantonal de Saint-Gall ont été acquittés par le tribunal.

image

Recherche suisse: découverte d'une nouvelle cause de cécité héréditaire

La cause génétique de la rétinite pigmentaire restait incertaine chez de nombreuses personnes. Une étude menée sous la direction de Bâle révèle que des variantes dans cinq gènes ARN peuvent déclencher la maladie.

image

Hausse des dépenses de santé: faut-il incriminer l'offre ou la demande?

Le débat sur les coûts de la santé se concentre depuis plusieurs années sur l'offre. Une nouvelle étude montre toutefois que les préférences et les besoins individuels ont globalement plus d'importance que l'offre en place.

image

Soins intensifs: des différences persistantes entre hommes et femmes en Suisse?

Alors que la médecine hospitalière tend à limiter les traitements intensifs lorsque le bénéfice attendu est faible, des écarts subsistent entre les sexes: les femmes sont moins souvent admises en soins intensifs et se voient plus fréquemment proposer des approches moins invasives.

image

Conservateurs, cancer et diabète: une association vertigineuse?

Plus de 100'000 participants suivis sur 15 ans: deux nouvelles études françaises révèlent plusieurs associations interpellantes entre exposition aux additifs conservateurs et risque de cancer et de diabète de type 2.

Du même auteur

image

La Société genevoise de pédiatrie réduit ses horaires de garde

Dès février 2026, les pédiatres de la Société genevoise de pédiatrie (SGP) assureront des gardes sur des plages horaires réduites. En cause: les nouveaux tarifs Tardoc.

image

Gianni Saitta, nouveau directeur du Centre Hospitalier du Valais Romand

Gianni Saitta quittera l’État de Vaud pour rejoindre l’Hôpital du Valais romand. Il succédera, en mai 2026, à Chrystel Carrupt, directrice ad interim depuis le départ de Pierre-Alain Triverio.

image

En France, les médecins font grève et les urgences saturent

Quotas, baisse de tarifs… praticiens en cabinet comme chirurgiens en cliniques privées sont nombreux à se joindre à un mouvement de grève d’une ampleur inédite. En parallèle, les services d’urgences se disent submergés.